Pendant longtemps, l’économie de la province a porté bien plus que des entreprises. Elle faisait vivre des commerces, des PME, des transporteurs, des familles entières et, parfois, des parents installés à des centaines de kilomètres.
Cette prospérité a changé des vies et fait grandir plusieurs générations.
Mais les années d’abondance auraient aussi dû servir à préparer les années plus difficiles.
Alors, aujourd’hui, une question s’impose : avons-nous suffisamment préparé l’après ?
Nous avions les compétences, les investissements, une main-d’œuvre expérimentée et surtout du temps. Pourtant, nous n’avons pas suffisamment développé d’autres secteurs capables de prendre progressivement le relais.
La pêche et les métiers de la mer, la transformation locale, l’agriculture, le tourisme, les services et les PME auraient pu devenir de véritables piliers de notre économie. C’est peut-être là notre rendez-vous manqué.
Car la prospérité améliore le présent. Le développement, lui, sécurise l’avenir.
Il serait cependant trop facile de chercher aujourd’hui un responsable unique. Les choix faits au fil des décennies interrogent l’État, les décideurs, les entreprises, les élus et les cadres de la province. Mais ils nous interrogent aussi.
Avons-nous suffisamment exigé des projets structurants ? Avons-nous pensé à ce que nous laisserions à la génération suivante ou avons-nous parfois privilégié l’urgence du présent ?
Il ne s’agit pas de distribuer les torts, mais de comprendre pour ne plus reproduire les mêmes erreurs. D’autant que tout n’est pas perdu.
Nous avons encore la mer, des ressources, une expérience industrielle, des compétences, des entrepreneurs et surtout une jeunesse qui ne demande qu’à trouver sa place. Et c’est précisément là que les chiffres cessent d’être des chiffres.
Derrière le ralentissement économique, il y a des visages. Celui d’un entrepreneur qui perd un contrat et doit se séparer de salariés. Celui d’un père ou d’une mère qui recommence à compter chaque dépense. Celui d’une commerçante qui attend des clients qui viennent de moins en moins. Et celui d’un jeune diplômé qui regarde tout cela et se demande : « et moi, quelle place y aura-t-il pour moi ici » ?
Nos parents ont connu une époque où venir dans cette province pouvait changer le destin d’une famille. Le véritable défi est que leurs enfants puissent encore y construire le leur. Car lorsqu’un territoire perd des emplois, il traverse une crise économique.
Mais lorsque ses enfants cessent d’y voir leur avenir, il commence à perdre une partie de lui-même.
Voilà pourquoi nous ne devons plus seulement regretter les années fastes. Nous devons préparer les prochaines.
Et pour comprendre l’urgence de le faire, il faut maintenant quitter les grandes analyses économiques et pousser la porte des foyers.
Là où perdre un emploi signifie parfois reporter la scolarité d’un enfant, renoncer à un projet, réduire les repas ou envisager de partir.
Là où la crise cesse d’être une statistique et devient une histoire humaine.
#omi
















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