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Port-Gentil : activistes ou nouveaux commerçants de la contestation

À Port-Gentil, la parole critique semble parfois changer de visage. Derrière certains combats menés au nom de l’intérêt général, une question devient difficile à éviter : défend-on encore une cause, ou cherche-t-on aussi une place, une audience, une reconnaissance, voire un avantage ?

Le problème n’est pas l’existence des lanceurs d’alerte. Leur rôle de veille est nécessaire. Mais leur crédibilité repose sur une exigence simple : rester constants, y compris lorsque le pouvoir ouvre sa porte.

Le séjour du président Brice Clotaire Oligui Nguema à Port-Gentil en septembre 2026 a ravivé ce débat. Le chef de l’État a inspecté plusieurs projets et rencontré différentes composantes des forces vives de l’Ogooué-Maritime. Que des citoyens souhaitent lui parler du chômage, du contenu local, des infrastructures ou des difficultés sociales est parfaitement légitime.

Mais à quel moment une revendication collective commence-t-elle à se confondre avec une démarche plus personnelle ?

Lorsque, après une rencontre institutionnelle, les discussions semblent davantage tourner autour d’argent, d’accès au chef de l’État ou d’éventuelles nominations que des problèmes initialement dénoncés, la portée de la mobilisation devient moins lisible.

Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux a notamment alimenté des commentaires autour d’une supposée enveloppe financière et de sa redistribution. Sans éléments suffisants, aucune accusation individuelle ne peut être tirée de cet épisode. Mais il rappelle une chose : lorsqu’on parle au nom de l’intérêt général, la transparence doit être irréprochable.

Le risque est alors de voir l’action civique se transformer en outil de positionnement : gagner en visibilité, obtenir une audience, créer une proximité, puis espérer qu’elle débouche sur des avantages personnels.

Quand cette confusion s’installe, l’activisme peut donner l’impression de devenir un fonds de commerce.

Il serait toutefois injuste de généraliser. Beaucoup d’acteurs de la société civile portent des combats sérieux et nécessaires. Mais leur crédibilité tient justement à leur capacité à maintenir les mêmes exigences, qu’ils soient reçus ou non, proches ou éloignés du pouvoir.

Et le vrai travail commence maintenant.

Les chantiers annoncés seront-ils achevés ? Les jeunes de l’Ogooué-Maritime bénéficieront-ils réellement des emplois créés ? Le contenu local sera-t-il respecté ? Les engagements seront-ils suivis et évalués ?

C’est sur ce terrain que la vigilance publique prend tout son sens.

Car lorsque l’expression citoyenne semble changer selon la proximité avec le pouvoir, le doute s’installe. Et lorsqu’une cause collective commence à se confondre avec des intérêts individuels, une question demeure : sommes-nous encore dans l’alerte citoyenne, ou déjà dans l’opportunité ?

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