Entre campagnes de sensibilisation, dépistages gratuits et mobilisation sur les réseaux sociaux, Octobre Rose bat son plein à Port-Gentil. Mais une interrogation demeure : jusqu’où vont réellement ces initiatives ?
Depuis le début du mois d’octobre, la capitale économique gabonaise vit au rythme d’Octobre Rose, campagne consacrée à la lutte contre les cancers du sein et du col de l’utérus.
Associations, structures hospitalières, entreprises et autres organisations multiplient les initiatives. Journées de sensibilisation, séances sportives, campagnes de dépistage gratuit, publications sur les réseaux sociaux : la mobilisation est bien visible.
Au Centre hospitalier régional de N’tchengué, des opérations gratuites de dépistage ont notamment été organisées. D’autres structures ont également engagé des actions de prévention.
Ces initiatives méritent d’être saluées. Elles contribuent à informer les populations et à encourager le dépistage précoce, indispensable dans la lutte contre ces maladies.
Mais au milieu de cette mobilisation, une question mérite d’être posée : qu’en est-il des femmes vivant dans les villages de l’Ogooué-Maritime ?
Car au-delà de Port-Gentil, la province compte des populations installées dans les départements d’Étimboué, de Ndougou et de Bendjé, parfois éloignées des principaux centres de santé.
Dans ces localités, les femmes sont pourtant exposées aux mêmes risques. Certaines doivent composer avec l’éloignement géographique, les difficultés de transport, le manque d’information ou encore des moyens financiers limités pour accéder aux consultations spécialisées.
À ce jour, les initiatives largement médiatisées concernent surtout les centres urbains. Quelle place les campagnes itinérantes accordent-elles réellement aux villages ? Quels dispositifs permettent aux femmes de ces localités de bénéficier des mêmes possibilités de dépistage ?
Faudrait-il vivre à Port-Gentil pour avoir pleinement accès aux actions d’Octobre Rose ?
La question peut déranger, mais elle mérite d’être posée.
Il ne suffit pas de multiplier les affiches, de porter des vêtements roses, de publier des photographies sur WhatsApp ou Facebook et d’organiser des cérémonies pour mesurer l’efficacité d’une campagne de santé publique.
Ces gestes ont leur importance dans la sensibilisation. Mais ils ne peuvent remplacer les actions concrètes sur le terrain.
Une femme vivant dans un village éloigné, qui ne dispose ni des moyens de déplacement ni d’un accès facile aux structures spécialisées, a autant besoin d’information, de prévention et de dépistage qu’une femme résidant dans la capitale économique.
La véritable portée d’Octobre Rose devrait donc aussi se mesurer au nombre de femmes effectivement sensibilisées, dépistées, orientées et accompagnées, notamment dans les localités les moins accessibles.
Pourquoi ne pas envisager davantage de caravanes médicales mobiles, de missions de dépistage dans les centres de santé ruraux ou de partenariats entre associations, collectivités locales et responsables sanitaires ?
L’objectif ne serait pas simplement de sensibiliser, mais de rapprocher concrètement les services de prévention des populations.
Octobre Rose ne devrait pas devenir un simple rendez-vous annuel de visibilité associative ou institutionnelle.
Il doit rester avant tout une démarche de santé publique, fondée sur la prévention, la proximité, l’équité et l’accès aux soins.
Alors que le mois d’octobre touche progressivement à sa fin, il serait utile que les acteurs engagés dans cette mobilisation présentent également un bilan territorial de leurs interventions : combien de femmes dépistées, dans quelles localités, et quelles dispositions prises pour celles qui vivent loin de Port-Gentil ?
Car derrière chaque campagne, il y a des vies à protéger.
Et si Octobre Rose veut véritablement toucher toutes les femmes, il faudra aussi aller vers celles qui ne peuvent pas venir à lui.
Image illustrative
















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