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Gabon-Chine : à force de vendre nos richesses, quand allons-nous enfin vendre notre savoir-faire ? 

Le séjour du président Brice Clotaire Oligui Nguema en Chine, du 3 au 7 novembre 2026, relance une interrogation fondamentale sur notre modèle de coopération économique. Depuis des décennies, le Gabon attire les partenaires grâce à son pétrole, son manganèse, son bois et ses autres ressources naturelles. Mais dans un monde où la connaissance et la technologie deviennent des richesses stratégiques, quelle expertise Gabonaise sommes-nous capables de proposer au reste du monde ?

Le président de la République séjourne actuellement en Chine pour renforcer la coopération économique entre Libreville et Pékin. Industrialisation, infrastructures, investissements et transferts de technologies figurent parmi les ambitions affichées.

Selon la présidence Gabonaise, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 3,94 milliards de dollars en 2025.

Ces perspectives sont encourageantes. Mais elles méritent aussi que nous nous posions une question que l’on évite trop souvent : dans ces partenariats, qu’apportons-nous réellement à la table des négociations, au-delà de nos richesses naturelles ?

Depuis les indépendances, le même modèle ?

Avec la France hier, la Chine aujourd’hui et bien d’autres partenaires, le Gabon a longtemps construit une partie de ses relations économiques autour de l’exploitation de ses ressources.

Nous avons le pétrole, le manganèse, le bois. Les autres disposent des capitaux, des technologies, des équipements et de l’expertise industrielle.

Ce modèle a permis des investissements et la construction d’infrastructures. Mais plus de soixante ans après l’indépendance, pouvons-nous continuer à considérer nos ressources naturelles comme notre principal argument économique ?

Car le pétrole s’épuise. Les minerais ne sont pas inépuisables. Et les forêts, même renouvelables, exigent une gestion durable.

Que restera-t-il à nos enfants lorsque nous aurons extrait et vendu l’essentiel de ce que la nature nous a donné ?

Nos voisins avancent. Et nous ?

À travers le continent, plusieurs pays cherchent à développer leurs capacités industrielles. Le Burkina Faso affiche des ambitions de transformation locale. Le Sénégal développe ses secteurs industriels, énergétiques et numériques.

Ces pays rencontrent eux aussi des difficultés. Mais leur évolution nous invite à réfléchir.

Au Gabon, nous avons des ingénieurs, des techniciens, des chercheurs, des artisans, des entrepreneurs et des jeunes diplômés. Nous avons des femmes et des hommes capables de concevoir, d’innover et de produire.

Mais quelle place leur accordons-nous dans notre diplomatie économique ?

Combien d’entreprises gabonaises accompagnent nos délégations officielles pour proposer leurs propres services ? Combien de technologies, de produits transformés ou de solutions conçues au Gabon cherchons-nous à exporter ?

Le véritable enjeu : apprendre à produire et à transmettre

À Port-Gentil, capitale économique et berceau de notre industrie pétrolière, cette question prend tout son sens.

Depuis des décennies, des générations de Gabonais travaillent dans le pétrole. Ils ont acquis une expérience technique, industrielle et logistique considérable.

Pourquoi cette expérience ne deviendrait-elle pas une expertise nationale exportable ? Pourquoi ne pas développer davantage d’entreprises gabonaises capables d’intervenir sur des installations industrielles, de former des techniciens étrangers ou de proposer des services spécialisés dans la sous-région ?

Il ne suffit plus de former des Gabonais pour travailler dans les entreprises étrangères. Il faut aussi leur donner les moyens de créer des entreprises capables de conquérir des marchés au-delà de nos frontières.

Des partenariats, oui. Mais pour construire quelle autonomie ?

Le séjour présidentiel en Chine pourrait justement contribuer à changer cette trajectoire.

Les autorités annoncent leur volonté de privilégier les investissements productifs, la transformation locale et les transferts de compétences. C’est une orientation importante.

Mais les intentions devront se traduire en résultats mesurables : combien d’ingénieurs gabonais formés ? Combien d’entreprises nationales associées ? Combien d’usines réellement opérationnelles ? Combien de produits fabriqués au Gabon et exportés sous une marque gabonaise ?

Un partenariat ne devrait pas seulement permettre à un investisseur étranger de venir exploiter nos ressources. Il devrait également nous rendre progressivement capables de produire, d’innover et de transmettre notre propre savoir-faire.

Car une coopération véritablement équilibrée ne se mesure pas uniquement aux montants des contrats signés, mais aussi aux compétences que le pays conserve après le départ de ses partenaires.

Et si nous changions enfin de logique ?

Il ne s’agit pas de rejeter la Chine, la France ou les autres partenaires. Le Gabon a besoin de coopération, de financements et de technologies.

Mais il a surtout besoin d’une politique nationale ambitieuse de développement des compétences, de recherche, d’industrialisation et de promotion de ses entreprises.

Nos richesses naturelles devraient être le point de départ de notre développement, et non notre unique argument pour exister sur les marchés internationaux.

Le véritable défi du Gabon n’est donc plus seulement de savoir ce que les autres pays peuvent venir chercher chez nous, mais ce que nous serons demain capables d’aller vendre chez eux.

Car une nation ne devient pas économiquement forte uniquement parce que son sous-sol est riche. Elle le devient lorsqu’elle transforme cette richesse en intelligence, en compétences et en savoir-faire reconnu.

Et le jour où nos ressources naturelles viendront à manquer, ce sont ces compétences, et non les contrats d’hier, qui permettront au Gabon de continuer à créer de la richesse.

Photo Gabon Média Time

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