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Justice en suspense : quand le manque de financement des sessions criminelles fragilise l’état de droit au Gabon

Dans un État qui se veut de droit, la justice ne devrait jamais être tributaire des contraintes budgétaires. Pourtant, au Gabon, le financement insuffisant des sessions criminelles soulève une question fondamentale : peut-on parler de justice lorsque des accusés attendent des années avant d’être jugés ?

Des sessions criminelles irrégulières, une justice au ralenti

Les crimes les plus graves : meurtres, viols, vols à main armée, etc…, sont jugés lors des sessions criminelles organisées par la Cour d’Appel.

Mais ces sessions ne sont pas permanentes. Elles dépendent des moyens financiers alloués par l’État. Lorsque le budget tarde ou se révèle insuffisant, les audiences sont reportées.
Conséquence directe :

Des dizaines, parfois des centaines de détenus restent en détention préventive prolongée, attendant un procès qui tarde à venir. Une justice différée devient une justice affaiblie.

La détention préventive prolongée : une peine avant le jugement

Dans les maisons d’arrêt Gabonaise, la surpopulation carcérale est une réalité.
Des prévenus juridiquement présumés innocents passent parfois plusieurs années derrière les barreaux sans avoir été jugés.
Cette situation pose un problème majeur : violation du principe du délai raisonnable, conditions de détention dégradées, tensions sociales accrues.
Peut-on accepter qu’un citoyen purge, de fait, une peine avant même d’avoir été déclaré coupable ?

Un pays riche, une justice pauvre ?

Le Gabon est un pays doté d’importantes ressources naturelles : pétrole, manganèse, bois, minerais stratégiques.
Pourtant, le système judiciaire peine à fonctionner efficacement faute de financement suffisant.
La question dérange :

Comment un État disposant de telles richesses peut-il ne pas garantir le fonctionnement régulier de ses juridictions criminelles ?

La richesse nationale devrait bénéficier à tous les Gabonais. Y compris aux plus vulnérables. Y compris aux détenus. Car un prisonnier reste un citoyen. Et la dignité humaine ne disparaît pas derrière les barreaux.

L’absence criante de réinsertion : un terreau pour la récidive

Au-delà du jugement, une autre faille fragilise le système : l’absence de véritables programmes structurés de réinsertion. Peu ou pas de : formations professionnelles, programmes d’alphabétisation encadrés, suivi psychologique systématique, dispositifs de préparation à la sortie.

Ainsi, des détenus sortent sans qualification, sans accompagnement, sans perspective. Comment, dans ces conditions, lutter efficacement contre : le grand banditisme, l’insécurité croissante et la précarité sociale ?
Une prison qui ne réinsère pas devient une école du désespoir.

Une responsabilité collective

Le débat ne doit pas opposer compassion et fermeté.
Il doit poser une question de fond : veut-on une justice punitive et inefficace, ou une justice rapide, équitable et structurante pour la société ?

Investir dans les sessions criminelles, c’est : réduire la détention préventive excessive, désengorger les prisons, restaurer la crédibilité judiciaire et renforcer la sécurité nationale.
Ignorer cette urgence, c’est fragiliser l’État de droit.

La justice n’est pas un luxe

La justice n’est pas un poste budgétaire accessoire. Elle est le pilier de la stabilité nationale. Un pays ne se mesure pas seulement à ses ressources naturelles, mais à la manière dont il traite ses citoyens, même ceux qui ont fauté.

Le Gabon ne pourra durablement lutter contre le grand banditisme et l’insécurité tant que ses prisons resteront des espaces d’attente et non des espaces de justice et de réhabilitation.
Réformer, financer, humaniser : ce n’est pas une option. C’est une nécessité.

Photo : tribunal de Port-Gentil

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