Après plusieurs mois de mobilisation, les enseignants du lycée Joseph Ambouroue Avaro ont annoncé la suspension de leur mouvement de grève, entamé le 9 décembre 2025. Une décision prise « en toute responsabilité », ont-ils indiqué, tout en précisant que la crise qui secoue le système éducatif Gabonais est loin d’être définitivement résolue.
Réunis au sein d’un collectif, les enseignants ont tenu à clarifier que cette suspension ne signifie pas la fin de leurs revendications. « Nous suspendons la grève, mais cela ne veut pas dire que les problèmes sont réglés », ont-ils expliqué, rappelant que leur mobilisation s’inscrit dans un contexte national marqué par de nombreuses difficultés dans le secteur de l’éducation.
Des conditions d’apprentissage préoccupantes
Au cœur des revendications figure la situation du lycée Joseph-Ambouroua-Avaro, qui accueille aujourd’hui plus de 6 000 élèves pour à peine une cinquantaine de salles de classe. Dans certains cas, les enseignants disent devoir gérer plus de 100 élèves par salle, une situation qui rend l’apprentissage particulièrement difficile.
À ces effectifs pléthoriques s’ajoute un manque criard de tables-bancs, empêchant parfois les élèves d’étudier dans des conditions dignes.
Pour les enseignants, la construction de nouvelles salles de classe annoncée par les autorités constituait donc un espoir important.
La question des deux milliards annoncés par le chef de l’État
Parmi les points qui cristallisent la colère figure également l’enveloppe de 2 milliards de francs CFA annoncée par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, lors de son passage à Port-Gentil pendant la période de transition.
Cette somme devait permettre la réhabilitation, l’extension et la modernisation du lycée, afin d’améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage.
Mais trois ans après cette annonce, les enseignants affirment que les travaux attendus ne sont toujours pas visibles. Selon eux, aucune nouvelle salle de classe n’a été livrée, et les aménagements réalisés ne correspondent pas à la maquette initialement présentée au président de la République.
Une mobilisation ancrée dans un mouvement national
Le collectif rappelle que sa mobilisation est antérieure à celle du mouvement « SOS Éducation », tout en affirmant rester solidaire des revendications nationales portées par l’ensemble de la communauté éducative. « Lorsque l’on entre en grève, il faut savoir évoluer avec la grève elle-même », expliquent les enseignants, indiquant qu’ils observent attentivement les réponses apportées par le gouvernement.
Selon eux, la principale attente reste la mise en place d’un chronogramme clair et crédible permettant de résoudre progressivement les différents problèmes soulevés.
Des interrogations sur les priorités budgétaires
Les enseignants s’interrogent également sur les arguments financiers avancés par le gouvernement pour expliquer les lenteurs dans la résolution de la crise. Alors que les autorités évoquent des contraintes budgétaires, plusieurs annonces de recrutements dans d’autres secteurs de l’administration ont été faites récemment. Pour le collectif, ces décisions alimentent le sentiment que les difficultés du secteur éducatif ne sont pas traitées avec l’urgence nécessaire.
Un appel à la responsabilité des autorités
Malgré les tensions, les enseignants affirment rester attachés aux principes républicains et au dialogue. Ils disent avoir pris acte de l’implication des autorités locales, notamment du maire de Port-Gentil, qui, mandaté par le président de l’Assemblée nationale, a entrepris des démarches visant à favoriser l’apaisement.
Ils évoquent également le rôle que pourrait jouer le président de l’Assemblée nationale, chargé de contrôler l’action du gouvernement, afin de contribuer à la recherche d’une solution durable.
Une suspension pour préparer l’avenir
En décidant de suspendre la grève, le collectif explique vouloir préserver l’intérêt des élèves, tout en restant vigilant sur la suite du dossier. Les enseignants disent déjà réfléchir aux conditions de la rentrée scolaire 2026-2027, qu’ils souhaitent voir se dérouler dans un climat plus serein, avec des garanties concrètes sur l’avancement et la livraison des travaux du lycée. « Nous sommes des patriotes. L’enseignant est un acteur essentiel de la société », rappellent-ils, convaincus que la résolution de cette crise passe par la vérité, le dialogue et des engagements tenus.







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