L’affaire fait du bruit dans la capitale économique. Présumé accusé de détournement de fonds publics, Arsène Boundzanga responsable de la société King Industry, adjudicataire des travaux de réhabilitation et d’extension du lycée Joseph Ambouroue Avaro de Port-Gentil, interpellé par les éléments de la Direction Générale des Recherches sur instructions du procureur de la République, conteste fermement les faits qui lui sont reprochés. Depuis les locaux de la DGR, il livre sa version.
Un chantier avancé, mais un paiement en attente
Face aux accusations, l’entrepreneur se dit « surpris » et évoque un chantier largement avancé. Selon lui, les travaux seraient réalisés à environ 70 %, pour un montant déjà exécuté dépassant largement le montant perçu à ce jour. Lequel s’élève à 1.783.411.110f, sur un marché global estimé, après contre-expertise réalisée et validée par la taskforce, à 3,4 milliards.
À cela s’ajoute une rallonge budgétaire de 900 millions de FCFA, consécutive à cette expertise contradictoire. L’enveloppe complémentaire est censée couvrir les travaux restants, estimés à environ 30 % du chantier, à ce qu’il semble. Mais depuis plusieurs mois, l’entreprise affirme être en attente de paiement, tout en continuant à travailler : « Nous avons préfinancé une grande partie des travaux. Aujourd’hui, nous sommes endettés, avec du matériel bloqué à la douane et des fournisseurs qui s’impatientent. »

Un projet lancé dans l’urgence
Au cœur des incompréhensions : les conditions de lancement du projet. Annoncé en décembre 2023, attribué début 2024, le chantier aurait démarré rapidement, dans un contexte d’urgence lié à la rentrée scolaire.
Selon Arsène Boundzanga, les études et l’exécution ont été menées simultanément, une situation qu’il attribue aux contraintes du calendrier : « Le chantier a été lancé dans l’urgence. Les études complètes n’étaient pas encore finalisées au moment du démarrage. » Il insiste toutefois sur le fait que les travaux se sont déroulés sous la supervision de plusieurs entités : un comité technique provincial, un bureau d’études, et un représentant de la présidence, issu du génie militaire.
Une décision précipitée, aux conséquences lourdes
En connaissance de cause, Arsène Boundzanga s’est néanmoins engagé en signant la convention. Attiré par l’opportunité, et, convaincu de pouvoir exécuter le chantier avec le montant de 2 milliards annoncé, et dont 200 millions aurait été repartis à part égale entre le bureau d’études et le bureau de contrôle, l’entrepreneur aurait sous-évalué l’ampleur des moyens requis pour mener à bien le projet.
La vérification approfondie des études techniques comportant, selon certaines sources « des erreurs », a-t-on appris, pourtant essentielle et relevant de sa responsabilité, aurait été reléguée au second plan. Une légèreté, voire un manque de rigueur professionnel, sans doite à l’origine des difficultés qu’il connait.

Des contraintes techniques et logistiques importantes
Par ailleurs, l’entrepreneur évoque également de lourdes contraintes sur le terrain, notamment des difficultés d’approvisionnement en matériaux à Port-Gentil. Pour maintenir le chantier actif, son entreprise aurait dû mobiliser des moyens exceptionnels : location de bateaux pour acheminer les matériaux depuis Libreville, financement sur fonds propres, maintien des travaux malgré les retards de paiement. « Alors que plusieurs chantiers du CTRI étaient à l’arrêt, celui du lycée n’a jamais cessé. »
Une accusation contestée
Face aux accusations de détournement, Arsène Boundzanga rejette toute responsabilité et appelle à une expertise indépendante : « Il suffit de faire une évaluation technique des travaux réalisés. On verra que nous avons exécuté au-delà des montants déjà perçus. » Il estime que les difficultés actuelles trouvent leur origine dans l’organisation globale du projet, et non dans une quelconque malversation de sa part.

Un appel à l’indulgence
Malgré les tensions, les travaux du lycée d’État de Port-Gentil se poursuivent, mais à un rythme ralenti. Une partie des infrastructures est déjà livrée depuis 2024, tandis que les finitions et certaines extensions restent en attente de financement.
Dans un contexte où l’établissement accueille plus de 7 000 élèves, l’enjeu dépasse désormais le cadre judiciaire : il concerne aussi la qualité des infrastructures éducatives et la continuité du service public.
Une affaire révélatrice
Au-delà du cas individuel, cette affaire soulève des questions plus larges : la gestion des marchés publics en contexte d’urgence, la coordination entre études et exécution, les délais de paiement des entreprises, le suivi des travaux.
Autant de problématiques qui méritent d’être examinées avec rigueur, afin d’éviter que des projets structurants ne se retrouvent au cœur de controverses judiciaires.
Soulignons, à toutes fins utiles, que l’interpellation d’Arsène Boundzanga obéit aux instructions du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a instruit le procureur de la République près le tribunal de Port-Gentil de diligenter une enquête rigoureuse et de procéder, sans complaisance, à l’interpellation de tout opérateur économique ayant perçu des fonds alloués par l’État gabonais pour la construction de ses ouvrages dans la capitale économique.
Dans les prochaines heures, Arsène Boundzanga sera présenté au tribunal spécial de Libreville, compétent en la matière.















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