Il y a des événements qui, au lieu de rassurer, exposent. La visite du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à Port-Gentil, du 11 au 12 avril dernier, fait partie de ceux-là. Car, au-delà des images officielles et des apparences protocolaires, ce déplacement aura surtout mis en lumière une réalité préoccupante : l’improvisation, le flou et une déconnexion persistante avec les préoccupations des populations.
Républicain ou partisan : le flou qui dérange
Dès le départ, une question simple aurait dû trouver une réponse claire : était-ce une visite d’État ou une activité à caractère partisan ? Personne ne semble en mesure de le dire avec certitude. Pendant que l’administration territoriale s’en remettait au protocole d’État à travers le gouverneur, des responsables politiques, eux, sollicitaient des cotisations auprès d’élus et de cadres.
Deux logiques, deux méthodes, un seul événement. Résultat : une confusion totale.
Organisation approximative : le symptôme d’un système
Mais le plus préoccupant reste sans doute le déroulé même de la visite. Le jour J, aucune visibilité réelle sur le cortège présidentiel. Un circuit annoncé, puis abandonné. Des étapes prévues, puis modifiées. Un lieu de projection du projet « Port-Gentil 2 » changé à la dernière minute.
Et fait plus grave encore : des autorités locales elles-mêmes surprises par ces changements.
Comment comprendre qu’un événement de cette importance puisse échapper à toute coordination rigoureuse ?
Sommes-nous face à une exception propre à l’Ogooué-Maritime ou à une pratique devenue banale à l’échelle nationale ?
Si ce n’est pas une exception, alors il faut avoir le courage de le dire :
ce n’est plus un dysfonctionnement, c’est un mode de fonctionnement.
Mobilisation populaire : entre illusion et réalité
Autre contradiction : la question de la mobilisation. On annonce une rupture avec les pratiques anciennes ; plus de distribution d’argent, place à une mobilisation « volontaire ». Mais dans le même temps, on fixe des quotas, on organise, on encadre. Alors posons la vraie question : peut-on décréter une mobilisation spontanée ? Et surtout : pourquoi mobiliser des populations entières pour un passage de quelques minutes, quand ailleurs, les institutions fonctionnent sans ce folklore ?
Le respect des institutions ne se mesure pas au nombre de personnes massées à un aéroport.
9 millions pour quoi, au juste ?
Le point le plus troublant reste sans doute celui des contributions financières. Près de 9 millions de francs CFA auraient été collectés pour l’organisation. Notamment autour d’une soirée de gala annoncée. Mais à l’arrivée ? Pas de gala digne de ce nom. Juste un repas à la présidence de Port-Gentil où, certains disent avoir été étonnés d’être persona non grata, alors même qu’ils auraient été conviés. La question est donc simple, directe, incontournable : où est passé l’argent ? D’autant, affirment quelques indiscrétions, « nous n’avons pas été payés, comme de coutume, pour le travail effectué. Même les voitures qu’on avait promis de nous louer pour nous faciliter les déplacements, on a rien eu. On a fait des pieds et des mains par amour pour le président ».
Ce silence n’est pas anodin. Il alimente un doute.
Dans une capitale économique confrontée à des difficultés socio-économiques accrues, un tel élan de générosité, absent là où le besoin se fait véritablement ressentir, aurait pu contribuer à résoudre certaines urgence du quotidien.
Un peuple sans eau pour accueillir son Président
Aussi, pendant que certains débattaient de mobilisation et de protocole, une réalité, elle, ne pouvait être maquillée : Port-Gentil manquait d’eau. Pas dans un quartier. Pas dans une zone isolée. Mais dans une grande partie de la ville. Des citoyens se sont rendus à l’accueil présidentiel sans même avoir pu se doucher. Voilà la réalité.
Alors oui, la question dérange, mais elle doit être posée : quelle est la priorité ? L’image ou les conditions de vie ?
Arrêtons de faire semblant
Cette visite n’est pas un échec. Elle est un révélateur. Révélateur d’un système qui hésite entre politique et République.
Révélateur d’une organisation encore trop approximative. Révélateur d’un décalage entre les discours et le quotidien des citoyens. Il est temps de sortir du paraître. Temps de remettre de la clarté dans l’action publique. Temps de redonner du sens aux déplacements officiels. Car un peuple ne se mobilise pas sur commande. Il adhère, ou il s’éloigne. Et aujourd’hui, la vraie question n’est pas de savoir combien étaient présents à l’aéroport. La vraie question est celle-ci : combien y croient encore ?















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