L’affaire du chantier du lycée Joseph Ambroise-Avaro à Port-Gentil prend une tournure plus complexe. Alors que l’entrepreneur Arsène Bounzanga, responsable de la société King Industries, plaidait jusque-là l’injustice et dénonçait un retard de paiement de l’État, de nouveaux éléments viennent sérieusement fragiliser sa ligne de défense.
Un démarrage sans cadre formel : faute initiale ?
Selon des sources concordantes, l’entreprise adjudicataire aurait engagé les travaux sans cahier de charges validé, sans avoir perçu un centime du client, se basant uniquement sur un avant-projet sommaire élaboré en interne, consolidant ainsi sa présence sur le chantier. Ce document, loin d’être un référentiel contractuel solide, aurait été transmis a posteriori au bureau d’études intervenu ultérieurement sur le chantier. Ce point est capital. Car il introduit une première rupture dans la chaîne normale d’exécution d’un marché public : l’inversion du processus classique — étude, validation, puis exécution. Ici, l’exécution semble avoir précédé la rigueur technique.
Une sous-évaluation manifeste du coût réel du projet
La confrontation entre les estimations initiales de l’entreprise et celles du bureau d’études et de la mission de contrôle aura donc révélé un écart significatif. Le projet auquel environ 1,8 milliard de FCFA avait été affecté en amont de toute étude technique, aurait été largement sous-estimé par l’entreprise adjudicataire.
Les travaux lancés, la réalité des besoins financiers s’est progressivement imposée, ouvrant la voie à une dérive budgétaire et à la sollicitation d’une rallonge de 900 millions.
Des paiements avancés, des livraisons incomplètes
Mais c’est sur le terrain de l’exécution que les interrogations deviennent plus lourdes.
D’après les éléments techniques disponibles : plusieurs lots auraient été financés à 100 %, mais les réalisations sont partielles ou non conformes. Parmi les exemples évoqués : une barrière exécutée à moitié, un réfectoire qui aurait dû faire l’objet d’extension, des bâtiments pédagogiques réalisés à seulement 45 %, un internat des filles incomplet. Ces constats, attribués à des experts du bâtiment, introduisent un doute sérieux : où sont passés les fonds correspondant aux parties non réalisées ou non conformes ?
Une ligne de défense fragilisée
Jusqu’ici, Arsène Boundzanga avançait un argument central : celui d’un chantier sous-financé, exécuté au-delà des montants perçus. Mais les nouvelles données inversent partiellement la lecture : des montants importants ont été effectivement décaissés (1,783 milliard FCFA), certains travaux correspondants ne sont ni totalement réalisés, ni conformes. Dès lors, la question n’est plus seulement celle du paiement attendu, mais aussi celle de l’utilisation des fonds déjà perçus.
Une responsabilité partagée mais pas diluée
Il serait simpliste de faire porter l’entière responsabilité sur un seul acteur. Le dossier met en lumière des défaillances à plusieurs niveaux : validation tardive des études, démarrage précipité des travaux, insuffisance de contrôle en amont, suivi technique possiblement défaillant.
Mais cette réalité systémique ne saurait exonérer l’entreprise adjudicataire de ses propres obligations. Car une règle demeure : tout paiement public engage
L’exigence de justification
Aujourd’hui, le cœur du dossier est clair : justifier l’utilisation de 1,783,411,110 FCFA déjà perçus. Ce n’est plus un débat d’interprétation. C’est une exigence de traçabilité. Quelles prestations ont été effectivement réalisées ? À quel niveau de conformité ? Pour quels coûts réels ? Seule une expertise technique et financière indépendante permettra de trancher.
De l’injustice alléguée à la zone grise
Ce qui apparaissait initialement comme le récit d’un entrepreneur victime d’un système défaillant évolue désormais vers une zone grise plus troublante. Entre précipitation, approximations techniques et incohérences d’exécution, le dossier du lycée Joseph Ambroise-Avaro illustre une réalité préoccupante : lorsque les règles sont contournées dès le départ, la confusion devient inévitable et la responsabilité difficile à esquiver.















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