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Port-Gentil : quand le silence remplace la rébellion

Port-Gentil n’est plus tout à fait Port-Gentil.

Cette phrase peut paraître brutale, mais elle traduit un sentiment de plus en plus partagé par de nombreux habitants de la capitale économique gabonaise. Une ville qui fut autrefois le symbole de la contestation citoyenne, de la solidarité populaire et de la défense des causes justes semble aujourd’hui avoir perdu une partie de son âme.

Les anciens se souviennent encore de cette époque où l’injustice, quelle qu’en soit la victime, suscitait une réaction collective. Peu importaient les appartenances politiques, ethniques ou sociales. Lorsqu’un citoyen était lésé, c’était toute la ville qui s’indignait. Port-Gentil vivait alors au rythme d’une conscience collective forte, forgée par son histoire ouvrière, son brassage culturel et son rôle stratégique dans l’économie nationale.

Comment oublier ces mots du journaliste Jean-Éric Nziengui Mangala : « Port-Gentil la belle, Port-Gentil la rebelle » ?

Cette formule résumait parfaitement une cité fière, travailleuse et combative. Une ville industrielle, véritable cœur énergétique du Gabon, moteur économique de l’Ogooué-Maritime et colonne vertébrale de la prospérité nationale.

Mais que reste-t-il aujourd’hui de cet esprit ?

La question mérite d’être posée sans complaisance.

Car le constat est troublant. Les prises de position se raréfient. Les débats s’appauvrissent. Les initiatives collectives peinent à fédérer. Chacun semble avancer avec prudence, comme s’il marchait sur des œufs. La peur de déplaire, de perdre un avantage ou de s’exposer a progressivement remplacé la liberté de parole qui caractérisait autrefois la cité.

Plus inquiétant encore, les valeurs qui structuraient la société port-gentillaise semblent s’effacer devant une autre logique : celle de l’argent à tout prix.

Hier, les familles transmettaient un héritage immatériel fait de respect, de dignité, de réputation et de responsabilité. On vivait avec le souci d’honorer le nom porté par ses parents. Les comportements individuels engageaient l’image de toute une famille.

Aujourd’hui, le succès semble souvent se mesurer à l’épaisseur du portefeuille plutôt qu’à la qualité de la contribution apportée à la communauté.

Mais à quoi sert la richesse dans une ville qui s’appauvrit collectivement ?

À quoi sert de prospérer individuellement lorsque les infrastructures stagnent, que les projets structurants se font rares et que les enfants de la ville peinent à se retrouver autour d’une vision commune ?

Pendant que d’autres capitales provinciales voient émerger de nouveaux équipements, de nouvelles routes, de nouveaux espaces publics et de nouveaux investissements, Port-Gentil donne parfois le sentiment d’avancer au ralenti malgré les immenses richesses qu’elle a contribué à générer pour le pays.

Le paradoxe est saisissant.

Comment une province aussi riche en ressources naturelles peut-elle éprouver autant de difficultés à transformer cette richesse en développement durable ?

L’Ogooué-Maritime serait-elle victime de ce que les économistes appellent la « malédiction des ressources » ? Ce phénomène qui voit des territoires abondamment dotés en pétrole, en minerais ou en ressources stratégiques peiner à construire un développement harmonieux et diversifié.

La question mérite d’être débattue.

Mais au-delà du pétrole, le véritable défi est peut-être ailleurs.

Le plus grand risque qui menace aujourd’hui Port-Gentil n’est pas économique. Il est moral, social et identitaire.

Une ville ne meurt pas seulement lorsque ses entreprises ferment ou lorsque ses infrastructures vieillissent. Une ville commence à mourir lorsque ses habitants cessent de croire en leur destin commun.

Lorsque chacun regarde dans une direction différente.

Lorsque les intérêts individuels prennent définitivement le pas sur l’intérêt collectif.

Lorsque l’on devient spectateur de son propre déclin.

Pourtant, tout n’est pas perdu.

L’histoire de Port-Gentil démontre que cette ville a toujours su se relever lorsqu’elle retrouvait son unité, son audace et son esprit de solidarité.

La véritable question n’est donc pas de savoir si Port-Gentil est en train de mourir.

La véritable question est de savoir si les Port-Gentillais sont encore prêts à se battre pour la faire revivre.

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