Il fut un temps où prononcer le nom de Port-Gentil suffisait à faire naître l’espoir.
Dans de nombreuses familles Gabonaises, lorsqu’un fils, une fille, un frère ou un père annonçait son départ pour Port-Gentil, les regards changeaient.
On ne disait pas qu’il partait simplement dans une autre ville. On disait qu’il allait chercher son avenir.
Port-Gentil était bien plus qu’une ville. C’était une promesse. Une promesse d’emploi. Une promesse d’ascension sociale. Une promesse d’une vie meilleure.
Dans ses rues, on entendait les accents venus des neuf provinces du Gabon.
Des Fang. Des Punu. Des Nzebi. Des Myènè. Des Obamba. Des Kota. Des Téké. Des Mitsogo.
Le pétrole avait créé une ville cosmopolite où l’on venait moins pour revendiquer ses origines que pour construire son avenir.
Le matin, la ville s’éveillait au rythme des rotations des compagnies pétrolières. Les hélicoptères décollaient vers les plateformes offshore. Les remorqueurs animaient le port. Les bateaux accostaient. Les entreprises recrutaient. Les hôtels affichaient complet. Les commerces ne désemplissaient pas. Les restaurants vivaient. Les taxis circulaient sans interruption.
Port-Gentil respirait. Port-Gentil produisait. Port-Gentil faisait vivre une partie du Gabon. Et, derrière cette effervescence économique se cachait une réalité que l’on oublie parfois.
Des milliers de familles Gabonaises ont construit leur avenir grâce à cette ville. Des maisons ont été bâties. Des enfants ont été scolarisés. Des études ont été financées.
Des villages entiers ont bénéficié de l’argent envoyé chaque mois par un parent travaillant à Port-Gentil.
La capitale économique ne faisait pas vivre uniquement l’Ogooué-Maritime. Elle faisait vivre le Gabon.
Mais Port-Gentil n’était pas seulement une ville de pétrole. Elle possédait une identité. Une personnalité. Un caractère.
Ici, on apprenait très vite que le travail était une valeur.
Que le temps avait un prix. Que l’on pouvait réussir en partant de rien. Les anciens racontent encore cette époque où l’on trouvait du travail plus facilement qu’ailleurs. Ils parlent des quartiers pleins de vie. Des marchés animés. Des soirées où les terrasses étaient remplies. Des entreprises qui embauchaient. Des salaires qui faisaient rêver. Ils ne racontent pas seulement une ville. Ils racontent une époque.
Mais comme toutes les villes construites autour d’une grande activité économique, Port-Gentil allait, elle aussi, connaître les effets des transformations du monde.
Le pétrole ne pouvait pas tout garantir éternellement. Les marchés internationaux évoluaient. Les compagnies changeaient leurs stratégies. Les recrutements ralentissaient.
L’économie locale commençait à ressentir les premiers signes d’un nouveau cycle.
Pour beaucoup, le choc fut brutal. Car lorsqu’une ville a longtemps été le symbole de l’abondance, il est difficile d’accepter qu’elle doive désormais se réinventer.
Pourtant, ceux qui connaissent réellement Port-Gentil savent une chose. Cette ville a toujours su se relever. Elle l’a fait après les crises économiques. Elle l’a fait après les périodes difficiles. Parce que sa plus grande richesse n’a jamais été le pétrole.
Sa plus grande richesse, ce sont les femmes et les hommes qui refusent d’abandonner. Des pêcheurs. Des commerçantes. Des artisans. Des enseignants. Des infirmiers. Des dockers. Des entrepreneurs. Des jeunes qui continuent de croire que cette ville mérite mieux. Car une ville ne meurt pas lorsque son économie ralentit. Une ville commence à mourir lorsque ses habitants cessent de croire en elle.
Et, Port-Gentil mérite mieux que la nostalgie. Elle mérite une nouvelle ambition.
Mais pour comprendre cette ville, il faut comprendre ceux qui lui ont donné son âme. Il faut comprendre ce qui a longtemps fait la force de ses habitants.
Cette manière de parler sans détour. Ce refus de l’injustice. Cette solidarité dans l’épreuve. Cette fierté discrète. En un mot, L’esprit marigovéen. C’est de cet héritage, parfois méconnu mais profondément ancré dans l’histoire de l’Ogooué-Maritime, que nous parlerons dans le prochain épisode.
















Leave a Reply