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30 AOÛT : ET SI LA LIBÉRATION DEVENAIT ENFIN LE JOUR DE L’INVENTAIRE ?

Trois ans après le 30 août 2023, le Gabon célèbre encore sa « Libération ». Mais après les chants, les défilés, les décorations, les inaugurations et les grandes cérémonies, une question devient incontournable : de quoi nous sommes-nous réellement libérés ?

Dans un État qui veut rompre avec les pratiques du passé, le 30 août devrait progressivement devenir autre chose qu’une grande fête nationale. Il devrait être le jour de l’inventaire.

L’inventaire des routes promises et effectivement livrées. Des écoles construites et réellement fonctionnelles. Des hôpitaux équipés. De l’accès à l’eau et à l’électricité. Des emplois créés. De la transformation locale de nos matières premières. Mais également des réformes engagées pour restaurer la discipline, le mérite, la responsabilité, la justice et ces bonnes mentalités qui seules peuvent conduire durablement un peuple vers la dignité et le changement.

D’ailleurs, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, l’a lui-même reconnu dans son discours du 30 août : la transformation du pays ne peut reposer sur les déclarations ni sur la volonté d’un seul homme. Elle exige des institutions solides, une administration responsable et des citoyens engagés.

C’est précisément sur ce terrain que le peuple attend désormais la Libération.

LE GABON PEUT-IL ENCORE SE PAYER L’ILLUSION DE LA RICHESSE ?

Le peuple veut croire à la volonté du chef de l’État de transformer le pays. Des infrastructures sont effectivement sorties de terre. À Makokou encore, plusieurs équipements publics ont été inaugurés autour de cette célébration. Mais leur véritable réussite ne se mesurera pas au nombre de rubans coupés : elle se mesurera à leur fonctionnement dans six mois, dans un an, dans cinq ans.

Car pendant que plusieurs pays africains se démènent pour produire davantage, transformer leurs matières premières, attirer les investissements, développer l’agriculture, industrialiser leur économie et maîtriser leurs dépenses, le Gabon ne peut continuer à vivre comme si ses ressources étaient inépuisables.

Notre dette est devenue suffisamment préoccupante pour que l’État ait lancé un audit destiné à déterminer précisément l’étendue de ses engagements. Le gouvernement lui-même a reconnu un niveau d’endettement très élevé.

Dès lors, une question dérangeante mérite d’être posée : avons-nous encore les moyens de multiplier les grandes célébrations comme si nous étions un pays immensément riche ?

À force de vouloir afficher la prospérité, le pouvoir ne risque-t-il pas d’entretenir l’illusion de la richesse, alors que la priorité devrait être de reconstruire les fondations économiques du pays ?

La Libération ne devrait pas seulement se voir dans les tribunes officielles, les parades et les inaugurations. Elle devrait se sentir dans le panier de la ménagère, dans l’emploi du jeune diplômé, dans le dispensaire du village, dans l’école de l’enfant, dans l’état de nos routes et dans la capacité d’un Gabonais à vivre dignement de son travail. Et surtout, elle devrait se voir dans notre manière de gouverner.

Car si nous reproduisons les mêmes dépenses de prestige, les mêmes habitudes, les mêmes passe-droits, le même gaspillage et les mêmes mentalités que nous prétendions avoir renversés, alors nous aurons peut-être changé de République sans avoir véritablement changé de système.

Le 30 août nous a libérés d’un régime. Reste maintenant à savoir si nous saurons nous libérer de nos mauvaises habitudes.

#omi

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