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Affaire Lanlaire : l’indignation, oui. La surenchère, non

La sortie de Lanlaire sur les réseaux sociaux a provoqué un véritable tollé. Ses propos visant le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, son épouse Zita Oligui Nguema, ainsi que sa mère, ont déclenché une cascade de condamnations.

Responsables politiques, élus, associations, personnalités publiques : les réactions se multiplient. Et sur le fond, l’indignation est compréhensible.

Car être activiste, influenceur ou lanceur d’alerte ne donne aucun permis d’insulter. La liberté d’expression autorise la critique, même dure. Elle n’autorise pas tout. On peut contester l’action du chef de l’État, dénoncer ses décisions ou demander des comptes. C’est le propre d’une démocratie. Mais s’attaquer à son épouse ou à sa mère n’apporte rien au débat public.

Prétendre défendre le peuple impose aussi de respecter certaines limites. On ne défend pas la dignité des Gabonais en piétinant celle des autres.

Mais faut-il que toute la République réponde ?

C’est ici que l’affaire Lanlaire devient intéressante.

À voir la succession de communiqués et de déclarations, une question s’impose : chaque provocation lancée sur les réseaux sociaux doit-elle provoquer une mobilisation générale ?

Faut-il que chaque chien qui aboie oblige toute la République à se retourner ?

Car à force de répondre massivement à un provocateur, on risque surtout de lui offrir ce qu’il recherchait peut-être : une tribune, une audience et une importance qu’il n’aurait jamais eues autrement.

Plus troublant encore, cette vague d’indignation pourrait finir par ressembler à un concours de loyauté : qui condamnera le plus fort ? Qui trouvera les mots les plus sévères ? Qui réussira, au passage, à se faire remarquer du pouvoir ?

Soyons sérieux.

Le président de la République n’a pas besoin d’une armée de déclarations pour être défendu. La meilleure manière de soutenir un chef de l’État reste encore de bien servir l’État.

Pour un ministre, c’est produire des résultats. Pour un élu, c’est être utile à ses électeurs. Pour un responsable public, c’est servir correctement les citoyens. Et lorsque la loi est violée, c’est à la justice de faire son travail.

Une ligne rouge doit néanmoins être tracée. L’affaire Lanlaire doit aussi pousser les autorités à clarifier les règles du jeu. Critiquer le pouvoir : oui. Enquêter : oui. Dénoncer : oui. Interpeller le président : oui. Insulter gratuitement des personnes et leurs familles : non.

Mais cette protection doit être la même pour tous.

Car si l’État se montre intraitable lorsque le président ou sa famille sont visés, il doit l’être également lorsqu’un simple citoyen est insulté, diffamé ou harcelé sur Internet.

La dignité ne peut pas dépendre du rang social.

Lanlaire devra répondre de ses propos devant les institutions compétentes s’ils tombent sous le coup de la loi. Il serait toutefois bien d’éviter de transformer chaque provocateur numérique en célébrité nationale.

Condamner, oui. Sanctionner lorsque la loi l’exige, oui. Amplifier indéfiniment, non.

Une République forte accepte la critique sans trembler, protège la dignité des personnes sans favoritisme et laisse la justice répondre aux dérives.

Parce qu’au fond, défendre le Gabon, ce n’est pas insulter son président. Mais défendre son président ne devrait pas non plus devenir un concours permanent de loyauté.

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