Ils sont élèves, jeunes Gabonais, et ils seraient plus d’une trentaine. En juillet dernier, pendant que d’autres profitaient des vacances, eux ont choisi de travailler. Pas pour s’offrir du luxe. Pas pour faire la fête. Mais pour aider leurs parents à préparer leur rentrée scolaire.
Cahiers, tenues, chaussures, transport, frais de scolarité Ils savaient que septembre arriverait avec son lot de dépenses. Alors, lorsqu’une possibilité de travailler comme vacanciers s’est présentée, ils ont cru tenir une petite chance de soulager leurs familles.
Parmi eux, Nyoundou Christ Carly, Moulambi Thierry Matsiengo Moulambi, Ranoke René Charles, Ouabari Moudoumah Dieumerci, Mandza River Matamba Beni, Ibiatsi Anthony Andres, Bengue Patrice Josué ou encore Bouendje Moulambi Moudouma Ndinga Hardy. Et derrière ces quelques noms, plus d’une trentaine de jeunes, selon leur témoignage.
Ils affirment avoir travaillé durant le mois de juillet pour Cisaille Service, présentée par eux comme une entreprise intervenant en sous-traitance pour Mika Services.
La rémunération qu’ils attendaient devait, selon leur récit, leur être versée le 8 Août.

Mais le 8 Août est passé. Puis les jours. Puis les semaines. Et Septembre est arrivé. La rentrée, elle, n’attend pas.
Ces jeunes affirment aujourd’hui n’avoir toujours pas reçu l’argent correspondant au travail effectué. Ils disent également ne plus parvenir à obtenir de réponse satisfaisante de leurs interlocuteurs et mettent directement en cause Mme Edzome Obame Cherone, qu’ils présentent comme la personne pour laquelle ils ont travaillé.
Ces accusations méritent naturellement d’être confrontées à la version de Mme Edzome Obame Cherone, de Cisaille Service ainsi qu’à celle de Mika Services, notamment afin d’établir précisément les relations contractuelles et les responsabilités de chacun.
Mais au-delà du différend, une question dérange.
Que devient notre société lorsque même un jeune qui décide de travailler honnêtement pendant ses vacances doit se battre ensuite simplement pour recevoir ce qu’il estime avoir gagné ?
Car derrière une rémunération impayée, il n’y a pas seulement une somme d’argent. Il y a peut-être un cartable qui ne sera pas acheté. Des cahiers qu’un parent devra encore chercher à crédit. Une inscription scolaire qui devra attendre.
Une mère ou un père que ce jeune voulait justement soulager et qui devra finalement supporter seul les dépenses de la rentrée.
Et surtout, il y a une terrible leçon que nous risquons d’enseigner à cette jeunesse : celle selon laquelle travailler honnêtement ne suffit pas toujours pour être respecté.
Ces jeunes n’ont pourtant pas demandé l’aumône. Ils ont travaillé. C’est précisément ce qui rend leur appel poignant.
À une époque où l’on demande sans cesse à la jeunesse Gabonaise de se responsabiliser, de travailler, d’entreprendre et de ne pas attendre systématiquement l’aide des parents ou de l’État, comment accepter que ceux qui font justement cet effort puissent se retrouver dans une telle situation ?

L’exploitation de l’homme par l’homme est déjà révoltante. Mais lorsqu’elle touche les plus vulnérables, lorsqu’elle frappe des élèves qui ont sacrifié une partie de leurs vacances pour préparer dignement leur rentrée scolaire, elle devient moralement insupportable.
Aujourd’hui, ces jeunes de Libreville demandent simplement que leur voix soit entendue et que toute la lumière soit faite sur leur situation. Ils demandent également que les responsables concernés leur répondent.
Et si les sommes qu’ils réclament leur sont effectivement dues, qu’elles leur soient versées sans davantage attendre.
Parce qu’un salaire n’est pas une faveur. Parce que la jeunesse ne doit pas apprendre que le travail peut devenir un piège. Et parce qu’au moment où nous parlons d’avenir, de responsabilité et de dignité, la première dignité consiste peut-être simplement à payer celui qui a travaillé.
Ces jeunes voulaient aider leurs parents à payer leur rentrée. Ils ne devraient pas avoir à supplier pour recevoir le fruit de leur travail.
#omi

















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