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ÉDITORIAL—ÉPISODE 1/L’OGOOUÉ-MARITIME : LA PROVINCE QUI A TANT DONNÉ AU GABON

Nous avons parlé du Gabon. De ses bâtisseurs. De ses années d’espérance et d’abondance. De ses valeurs. De ses occasions manquées. De cette jeunesse qui doute parfois. Et de cette nécessité, aujourd’hui, de retrouver le sens du bien commun.

Mais lorsqu’on raconte l’histoire économique du Gabon, il existe une terre sur laquelle le regard finit inévitablement par se poser. L’Ogooué-Maritime.

Pas parce qu’elle serait plus Gabonaise que les autres. Pas parce que son histoire serait plus importante que celle des autres provinces. Mais parce que, pendant des décennies, une part essentielle de la richesse nationale est sortie de son sol, de ses eaux et du travail des femmes et des hommes qui y ont vécu.

Ici, le pétrole n’était pas un mot entendu au journal télévisé. Il faisait partie de la vie. Il avait l’odeur des installations industrielles.

Le bruit des hélicoptères en partance pour les plateformes. Les rotations des équipes. Les bateaux. Les ports. Les ateliers. Les entreprises de sous-traitance. Il avait surtout des visages.

Celui du père qui partait travailler tôt le matin. De l’ouvrier. Du technicien. Du marin. Du mécanicien. De l’ingénieur. Du chauffeur. De la secrétaire. Du commerçant dont l’activité dépendait indirectement de cette économie.

Des générations entières ont travaillé ici. Et ce travail ne faisait pas vivre uniquement Port-Gentil. L’argent gagné dans l’Ogooué-Maritime repartait vers Libreville, Franceville, Oyem, Mouila, Lambaréné, Tchibanga, Makokou, Koulamoutou et vers une multitude de villages.

Il payait des études. Il construisait des maisons. Il soignait des parents. Il nourrissait des familles. Il faisait vivre le Gabon. Voilà pourquoi l’histoire de cette province appartient à toute la nation.

Mais l’Ogooué-Maritime, ce n’est pas seulement Port-Gentil. Et c’est peut-être l’une des premières injustices que nous devons corriger dans notre manière de raconter cette province.

Il y a Gamba. Il y a Omboué. Il y a les lagunes. Il y a les villages. Il y a la pêche. Il y a la forêt. Il y a ces hommes et ces femmes qui vivent parfois très loin des lumières de la capitale économique, mais sur des terres qui participent elles aussi à la richesse du pays.

Il y a surtout un paradoxe. Un paradoxe que nous allons devoir regarder en face tout au long de cette série. Comment une terre qui a autant donné peut-elle encore avoir autant de besoins ? Comment expliquer que, sur un territoire associé depuis si longtemps à la richesse nationale, des populations continuent parfois d’attendre une route, un emploi, un service public efficace, une véritable opportunité économique ? Comment expliquer que des jeunes grandissent à quelques kilomètres de richesses considérables sans toujours avoir le sentiment que ces richesses peuvent changer leur propre destin ?

La question dérange.
Mais elle doit être posée.
Pas pour dresser l’Ogooué-Maritime contre le reste du Gabon. Ce serait une erreur. Et ce serait trahir le sens même de cette série. Car les ressources de l’Ogooué-Maritime appartiennent au Gabon. Comme le manganèse d’une autre province. Comme le bois d’une autre province. Comme l’agriculture, les fleuves, les forêts et toutes les richesses de notre territoire national. Notre richesse est commune.

Mais précisément parce qu’elle est commune, le développement doit aussi pouvoir se ressentir là où cette richesse est produite. C’est là que commence notre interrogation. Et elle ne s’adresse pas seulement à l’État. Elle s’adresse aussi aux entreprises. Aux élus. Aux cadres de la province. Aux collectivités. Aux générations qui se sont succédé. Et, oui, à nous-mêmes.

Car il serait trop facile de raconter l’histoire d’une province qui aurait tout donné et à laquelle les autres auraient tout pris. La réalité est plus complexe.

Nous avons aussi fait des choix. Nous avons parfois laissé faire. Nous nous sommes divisés. Nous avons parfois davantage défendu des hommes que des projets. Nous avons parfois attendu de nos responsables une faveur quand nous aurions dû exiger une vision. Et pendant ce temps, les années ont passé.

Voilà pourquoi cette série ne sera pas un procès. Elle sera un miroir. Un miroir dans lequel nous devrons avoir le courage de nous regarder. Avec nos réussites. Avec nos blessures. Avec nos contradictions. Mais également avec cette immense capacité de rebond qui caractérise l’Ogooué-Maritime. Parce que cette province n’est pas pauvre. Elle n’est pas condamnée. Elle n’est pas finie. Elle possède la mer. Les lagunes. La forêt. La pêche. Les hydrocarbures.
Un potentiel touristique exceptionnel. Une position stratégique. Et surtout, elle possède encore des femmes et des hommes capables de la relever.

Alors peut-être que la vraie question n’est plus : « qu’est devenue l’Ogooué-Maritime ? » Peut-être devons-nous désormais nous demander : « que voulons-nous qu’elle devienne ? »

Pour répondre à cette question, il faudra d’abord retourner là où beaucoup de choses ont commencé. Dans cette ville où des milliers de Gabonais sont venus un jour avec une valise, quelques économies et beaucoup d’espoir.

Une ville où travailler pouvait changer le destin d’une famille entière. Une ville qui faisait rêver. Port-Gentil.

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