Il y a des villes qui se distinguent par leurs immeubles. D’autres par leurs monuments.Port-Gentil, elle, s’est longtemps distinguée par ses habitants. Car au-delà des plateformes pétrolières, des navires, des entreprises et des grues qui dominaient son paysage, il existait quelque chose d’invisible qui faisait battre le cœur de cette ville. On l’appelait simplement, l’esprit marigovéen.
Ce n’était ni un slogan, ni un mouvement politique. C’était une manière de vivre. Une manière de penser. Une manière d’être.
À Port-Gentil, on apprenait très tôt que rien ne s’obtenait sans effort. Les journées commençaient avant le lever du soleil. Les pêcheurs prenaient la mer. Les dockers rejoignaient le port. Les employés des compagnies pétrolières embarquaient vers les plateformes. Les commerçantes installaient leurs étals. Toute la ville semblait avancer au même rythme. Le travail n’était pas seulement une nécessité.
Il était une fierté.
Mais ce qui faisait la force de Port-Gentil ne s’arrêtait pas là. La ville possédait une qualité devenue rare. La solidarité. Lorsque quelqu’un tombait, il trouvait presque toujours une main pour le relever. Le voisin devenait un frère. Le collègue devenait une famille. Les repas se partageaient. Les joies aussi. Les épreuves également.
Dans une ville façonnée par l’océan, chacun savait qu’aucun marin ne traverse seul une tempête. Cette culture de l’entraide a construit des générations entières.
Puis il y avait cette autre caractéristique. Le franc-parler.
À Port-Gentil, on disait les choses. Parfois avec rudesse. Souvent avec passion. Mais rarement avec hypocrisie. Le Marigovéen n’acceptait pas facilement l’injustice. Il pouvait supporter les difficultés. Il pouvait accepter le sacrifice.
Mais il supportait mal le mépris. Il refusait qu’on décide pour lui sans l’écouter. Il refusait que l’on minimise les efforts de ceux qui faisaient vivre cette province. Cette réputation a parfois été mal comprise.
Certains y voyaient un esprit de contestation. D’autres y voyaient simplement l’expression d’un profond attachement à la justice.
Car aimer son pays, ce n’est pas toujours applaudir. Aimer son pays, c’est parfois avoir le courage de dire que certaines choses doivent être améliorées.
Port-Gentil a longtemps porté cette voix. Une voix libre. Une voix exigeante.
Une voix qui rappelait que le développement devait profiter aux populations autant qu’aux statistiques. Aujourd’hui encore, cet esprit n’a pas disparu. Il est moins visible. Plus discret. Mais il existe toujours.
On le retrouve chez ces jeunes qui entreprennent malgré les difficultés. Chez ces femmes qui tiennent leur commerce avec dignité.
Chez ces pêcheurs qui continuent de prendre la mer. Chez ces enseignants qui refusent d’abandonner leurs élèves. Chez ces citoyens qui continuent de croire que leur ville mérite davantage.
Le véritable défi n’est donc pas de recréer le Port-Gentil d’hier. Le monde a changé. L’économie aussi.
Le défi est de retrouver ce qui faisait la force de cette ville. Son courage. Sa solidarité. Son exigence. Son goût du travail. Et son refus de l’injustice.
Car une identité ne disparaît jamais totalement. Elle sommeille. Elle attend simplement qu’une génération décide de la réveiller. Cette génération pourrait bien être la nôtre. Mais pour y parvenir, une autre question s’impose.
Comment une province qui a tant donné au Gabon a-t-elle progressivement perdu une partie de son influence économique, politique et symbolique ?
Cette question mérite d’être posée sans passion, sans accusation et sans esprit de revanche.
Uniquement avec lucidité. Car comprendre les causes est le premier pas vers les solutions.
#omi
















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