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Mpembe : quand le silence devient une injustice

Entre promesses de développement, conflits homme-faune et silence de Gabon Oil Company(GOC), le village de Mpembé attend toujours des actes.
À Mpembé, petit village du canton Océan, dans le département de Bendjé, le temps semble s’être arrêté. Pourtant, les habitants n’ont jamais cessé d’agir. Courriers, audiences, convocations administratives, sollicitations auprès des autorités, correspondances avec Gabon Oil Company.

Depuis plusieurs années, les populations multiplient les démarches pour faire entendre leur détresse, en vain.
Derrière les paysages verdoyants et les richesses pétrolières du secteur d’Akondo se cache une réalité bien plus sombre : celle d’un village qui voit disparaître, année après année, ses moyens de subsistance.

Les éléphants ont remplacé les récoltes

À Mpembé, le conflit homme-faune n’est plus un simple phénomène environnemental. Il est devenu une crise sociale.
Les éléphants détruisent les plantations, ravagent les vergers et anéantissent les récoltes dont dépendent les familles. Manioc, bananes, taros, bananiers en une nuit, plusieurs mois de travail peuvent être réduits à néant.

Pour beaucoup d’habitants, cultiver est devenu un pari perdu d’avance.
À cette insécurité alimentaire s’ajoute une peur permanente. Les sorties vers les champs sont devenues risquées, compromettant non seulement les revenus des ménages mais également l’avenir des jeunes qui n’ont d’autre ressource que l’agriculture.

Une mobilisation qui dure depuis des années

Contrairement à ce que certains pourraient penser, les populations de Mpembé ne sont pas restées les bras croisés.
Les documents consultés montrent une succession de démarches entreprises depuis plusieurs années.
Des correspondances ont été adressées aux autorités administratives, notamment au préfet du département de Bendjé. Plusieurs convocations administratives et séances de travail ont été organisées afin d’examiner la situation du village.
Le collectif des populations a également interpellé directement Gabon Oil Company, sollicitant son implication dans le développement local et la recherche de solutions durables.

Dès 2017 déjà, Addax Petroleum encourageait la création d’une structure locale afin que les populations puissent accéder aux opportunités économiques générées par les activités pétrolières. Huit ans plus tard, les habitants estiment que les retombées concrètes se font toujours attendre.

La GOC face à ses responsabilités

Les populations rappellent que Gabon Oil Company n’est pas une entreprise privée comme les autres.
En tant que société nationale opérant sur un territoire où vivent des communautés riveraines, elles estiment que la GOC est tenue de respecter les obligations prévues par la législation gabonaise.

Le collectif cite notamment l’article 60 du Code des hydrocarbures, qui prévoit la réparation des préjudices subis par les communautés concernées ainsi que leur accompagnement dans le développement local.
Il évoque également la Loi de 2025 relative à la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), qui renforce les obligations de transparence et d’évaluation des actions sociales.
Pour les habitants, une question demeure : quels programmes concrets ont été réalisés à Mpembé ?

Un village qui refuse de disparaître dans l’indifférence

Au-delà des textes de Loi, les habitants dénoncent surtout un sentiment d’abandon. Ils disent avoir frappé à toutes les portes. Malgré les promesses faites lors de différentes rencontres avec les autorités compétentes, rien n’a changé. Sur le terrain, les éléphants continuent de détruire les plantations.
Les familles continuent de perdre leurs revenus.
Et le village continue de s’appauvrir.

Le rôle des médias

Face à cette situation, le Collectif des populations de Mpembé lance aujourd’hui un appel aux médias nationaux. L’objectif n’est pas d’alimenter une polémique, mais de montrer une réalité que vivent quotidiennement les habitants.
Un reportage permettrait de donner la parole aux riverains, de confronter les différents acteurs à leurs responsabilités et d’éclairer l’opinion publique sur un dossier où se croisent protection de la biodiversité, exploitation des ressources naturelles, développement local et responsabilité sociale des entreprises.
Car au fond, la question dépasse Mpembé.
Elle interroge la capacité de notre pays à faire en sorte que les richesses tirées de son sous-sol profitent aussi aux populations qui vivent au plus près des zones d’exploitation.
Pour les habitants de Mpembé, le temps des promesses est passé.
Ils attendent désormais des réponses. Des actes. Et surtout, que leur voix ne soit plus étouffée par le silence.

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