Le drame de Shakahola, au Kenya, où 190 enfants et un adulte ont trouvé la mort sous l’emprise d’un pasteur autoproclamé, réveille de douloureux souvenirs au Gabon. À Port-Gentil, certaines affaires anciennes rappellent que les dérives commises au nom de Dieu ne sont malheureusement pas une réalité lointaine.
Le 19 octobre 2026, la justice kényane a reconnu Paul Mackenzie et 28 de ses coaccusés coupables du meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants. Au nom d’une prétendue promesse de salut, des familles entières avaient été conduites à des jeûnes mortels. Des parents avaient laissé mourir leurs propres enfants, persuadés d’accomplir la volonté divine.
Une tragédie qui glace le sang. Mais à Port-Gentil, elle rappelle une affaire que beaucoup ont peut-être oubliée.
En novembre 2012, au quartier Massoukou, un garçon de huit ans, Verly Ndinga Moussavou, perdait la vie lors d’un prétendu rituel de délivrance.
Selon les informations judiciaires rapportées à l’époque, l’enfant avait été ligoté, bâillonné et soumis à des sévices pour chasser de supposés démons. Après son décès, le pasteur impliqué aurait convaincu ses proches qu’il reviendrait à la vie. Son corps avait finalement été enterré clandestinement dans une maison.
Plus troublant encore, la mère et la tante de l’enfant, deux sœurs jumelles, figuraient parmi les personnes interpellées. Une autre enfant avait réussi à échapper au rituel.
En avril 2021, toujours à Port-Gentil, une autre affaire défrayait la chronique : le corps d’un pasteur était découvert dans une chambre, près d’un an après sa mort. Sa compagne affirmait avoir attendu sa résurrection, conformément à ce qu’il lui aurait annoncé.
En juillet de la même année, un jeune homme de 24 ans perdait également la vie lors d’une séance de prière au domicile d’un pasteur. Sa famille dénonçait des zones d’ombre autour des circonstances du décès, sans qu’une responsabilité criminelle puisse être déduite de ces seules accusations.
Ces histoires ne sont pas identiques. Mais elles imposent une réflexion : à quel moment la confiance accordée à un guide spirituel devient-elle une soumission dangereuse ?
Il ne s’agit pas de condamner la religion, encore moins les nombreux responsables religieux qui accompagnent sincèrement les familles. Il s’agit de dénoncer ceux qui utilisent la peur, la culpabilité, les promesses de miracles ou la prétendue délivrance pour exercer une emprise sur des personnes vulnérables.
Car aucune foi ne devrait conduire un parent à maltraiter son enfant. Aucune prière ne devrait justifier le refus de soins indispensables. Et aucun titre de pasteur, de prophète ou d’homme de Dieu ne devrait placer quelqu’un au-dessus de la loi.
À Port-Gentil comme dans le reste du Gabon, la vigilance doit commencer dans les familles, les communautés et les lieux de culte. Les autorités doivent pouvoir intervenir dès les premiers signes de violences, de séquestration ou de mise en danger, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants.
Le drame du Kenya nous rappelle une vérité essentielle : croire en Dieu est une liberté. Mettre des vies en danger en son nom est un crime.
Et lorsqu’une croyance finit par faire taire la raison, empêcher les soins ou sacrifier l’innocence d’un enfant, il ne faut plus seulement prier. Il faut aussi avoir le courage de dire non.


















Leave a Reply