Advertisement

CNAMGS : une crise de trop dans une institution déjà à bout

L’affaire qui oppose aujourd’hui les caisses de sécurité sociale gabonaises CNSS et CNAMGS à la société CLIKAFRIK ( cf- Direct infos) dépasse le simple cadre d’un désaccord contractuel. Elle met en lumière une manière de gouverner le numérique public qui heurte de front les principes de bonne gestion, de transparence et, surtout, de responsabilité sociale.

À la CNAMGS, cette situation arrive au pire moment. Depuis le départ de Séverin Anguilet, l’institution traverse sans doute la plus grave crise de son histoire : tensions internes, perte de repères stratégiques, défiance des partenaires, inquiétudes des assurés. Dans ce contexte déjà lourd, lui imposer un projet numérique contesté, coûteux et techniquement défaillant relève presque de l’acharnement.

Un contrat qui interroge, une méthode qui inquiète

Les faits rapportés sont graves. Un contrat de 3,2 milliards de FCFA, attribué sans mise en concurrence, sans cahier des charges formalisé, alors qu’une offre concurrente équivalente existait à 800 millions, pose une question simple mais fondamentale : à qui profite réellement ce marché ?

Que la société concernée ait ensuite proposé un avenant réduisant le coût de moitié ne dissipe pas le malaise ; au contraire, cela confirme rétrospectivement la surfacturation initiale. Dans n’importe quelle administration soucieuse de rigueur, un tel aveu aurait dû conduire à une suspension immédiate du processus, voire à un audit indépendant.

La CNAMGS n’a pas besoin d’un choc supplémentaire

Il faut le dire clairement : la CNAMGS n’a pas besoin de ça. Elle n’a pas besoin : d’un conflit institutionnel imposé d’en haut, d’un outil numérique rejeté par ses propres équipes, d’un prestataire dont la plateforme n’aurait atteint que 8 % d’exécution réelle, ni d’une transition forcée qui désorganise des services déjà sous tension.

La CNAMGS a besoin de stabilité, de confiance, de solutions progressives, construites avec ses agents, pas contre eux. Elle gère la santé de millions de Gabonais ; ce n’est pas un terrain d’expérimentation ni un marché à capter.

Derrière le numérique, des vies réelles

On parle ici de plateformes, de portails, de data centers. Mais derrière ces mots techniques, il y a :
des mères qui attendent un remboursement de soins, des agents qui subissent des décisions qu’ils n’ont pas choisies,
des assurés qui craignent pour la confidentialité de leurs données de santé, et un personnel démotivé, sommé d’abandonner des outils qu’il a lui-même conçus et améliorés.

Quand le ministre de l’Économie numérique, Mark Alexandre Doumba, est accusé d’imposer une solution en dépit de tous les signaux d’alerte, ce n’est pas seulement un problème administratif : c’est un problème humain et politique.

Une alerte responsable qui doit être entendue

L’attitude du directeur général de la CNSS, Olivier Rebienot Pellegrin, qui a officiellement saisi le Conseil d’administration, mérite d’être saluée. Elle rappelle que, dans ce pays, il existe encore des responsables qui mesurent les risques financiers, techniques et souverains de certaines décisions.

Car la question centrale reste entière : peut-on parler de souveraineté numérique quand les données sociales et sanitaires sont confiées, sans garanties solides, à des plateformes imposées et opaques ?

Gouverner, ce n’est pas forcer

Cette affaire révèle un malaise plus large : une tentation de confondre autorité et imposition, modernisation et captation, urgence politique et précipitation dangereuse. La CNAMGS, déjà fragilisée, mérite mieux que cela. Les assurés gabonais méritent mieux que cela.

Et le numérique, s’il doit être un levier de progrès, ne peut pas devenir un instrument de domination institutionnelle ou d’intérêts privés.

Ici, plus qu’un contrat, c’est une ligne rouge qui est en jeu. Et elle ne devrait pas être franchie dans le silence.

Photo : GabonReview

Partager cet article sur...

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *