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Newrest Gabon : une fuite nocturne, des salariés abandonnés et un soulagement venu de justesse

Ils se sont réveillés dans le doute, puis dans l’angoisse. Ce jeudi matin-là, les employés de Newrest Gabon ont compris que quelque chose n’allait pas. Les bureaux de la direction étaient vides. Les téléphones restaient sans réponse. Et très vite, une rumeur lourde de sens s’est répandue : les dirigeants avaient quitté le pays.

Dans la nuit du 28 au 29, le directeur général, Nicolas Descourtieux, et le directeur administratif et financier, Benoît Dombret, auraient discrètement quitté le Gabon, laissant derrière eux des centaines de salariés sans salaire, sans explication claire et sans issue immédiate.

Une attente insoutenable

Pendant plus de vingt-quatre heures, les travailleurs ont attendu. Espéré. Redouté.
La confirmation officielle de cette fuite ne tombera que le vendredi soir, renforçant un sentiment d’abandon et de mépris. Selon plusieurs témoignages internes, les dirigeants seraient partis à bord d’un jet privé affrété depuis Port-Gentil. Un détail qui, vrai ou non, a profondément choqué des employés déjà fragilisés.

Car au moment de leur départ, rien n’était réglé : ni les salaires, ni les droits légaux, ni les préavis, encore moins les primes de séparation. Des discussions sociales étaient en cours. Elles se sont brutalement arrêtées.

Une entreprise laissée sans capitaine

La situation s’est encore assombrie le samedi matin. Le directeur Supply Chain, Julien Mozaya, a à son tour quitté le pays, abandonnant son véhicule de service à l’aéroport. Le même jour, le directeur des opérations a présenté sa démission.
En l’espace de quelques heures, Newrest Gabon s’est retrouvée sans véritable direction, livrée à elle-même, avec des employés inquiets, des syndicats en alerte et une tension palpable sur les sites de travail.

Des engagements sociaux laissés en suspens

Les représentants du personnel affirment avoir alerté, demandé, insisté. Ils avaient sollicité le maintien des dirigeants sur le territoire national afin de finaliser les discussions sociales et garantir les droits des travailleurs. Mais aucune mesure préventive n’a été prise.

Pour beaucoup de salariés, le sentiment est amer : celui d’avoir été sacrifiés, abandonnés à un moment critique, alors même qu’ils continuaient à assurer le fonctionnement de l’entreprise jusqu’au bout.

Un dénouement in extremis

Alors que la colère montait et que le risque d’incidents devenait réel, une annonce est venue changer le cours des choses. La société GLT (Gabon Loisirs et Touristes) a confirmé la reprise de Newrest Gabon, en intégrant à la fois son actif et son passif.
Grâce à l’intervention d’un vice-président du groupe Newrest et du repreneur Gabonais, les salaires du mois ont finalement pu être versés. Un soulagement immense pour des familles qui ne savaient plus comment faire face aux charges quotidiennes.

Une crise sociale évitée, mais des blessures ouvertes

Cette reprise a permis d’éviter le pire : un mouvement de colère incontrôlé, des dégradations ou une paralysie totale de l’activité. Mais elle ne gomme pas le traumatisme vécu par les employés.

Derrière les chiffres, les communiqués et les changements de direction, il y a des hommes et des femmes qui ont eu peur. Peur de ne plus pouvoir nourrir leurs familles. Peur d’être oubliés. Peur que la loi du plus fort l’emporte une fois de plus.

L’affaire Newrest Gabon rappelle, avec force, que la responsabilité d’un dirigeant ne s’arrête pas à un bilan comptable. Elle engage des vies, des foyers et une confiance qui, une fois brisée, est difficile à reconstruire.

Photo : illustration de la situation des employés privés de salaires et de leurs documents administratifs après le départ de la direction

Par LNA

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