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ÉDITORIAL ÉPISODE 1 : LE GABON DES BÂTISSEURS: QUAND UNE NATION APPRENAIT À CROIRE EN ELLE-MÊME

Il est devenu presque habituel aujourd’hui de parler du Gabon à travers ses difficultés. Les jeunes parlent du chômage. Les anciens parlent du temps passé. Les réseaux sociaux parlent des échecs. Les débats politiques tournent souvent autour de ce qui ne va pas.

Pourtant, avant de savoir où nous allons, peut-être devons-nous nous souvenir de ce que nous avons été.

Le 17 août 1960, le Gabon accède à l’indépendance. Le pays est jeune. Très jeune. Il possède peu de cadres, peu d’infrastructures, peu d’expérience dans la gestion d’un État souverain. Mais il possède quelque chose d’inestimable : une ambition collective.

À cette époque, être Gabonais n’était pas seulement une nationalité. C’était un projet.
Le président Léon Mba, premier chef de l’État du Gabon indépendant, n’hérite pas d’un pays achevé. Il hérite d’un chantier. Un chantier immense où il faut créer des institutions, structurer l’administration, consolider l’unité nationale et donner un sens concret à cette indépendance nouvellement acquise.

Les Gabonais de cette époque n’étaient pas plus intelligents que ceux d’aujourd’hui. Ils n’étaient pas plus riches non plus. Mais ils partageaient une conviction simple : le pays était plus grand que leurs intérêts individuels.
L’école était respectée.
L’instituteur était respecté.
L’administration était respectée.
La parole donnée avait encore une valeur.
Le drapeau n’était pas un simple morceau de tissu hissé lors des cérémonies officielles ; il représentait la naissance d’une destinée commune.
Cette génération avait connu les privations, les incertitudes et les sacrifices. Elle savait que la construction d’une nation exigeait du temps, de la discipline et de la patience.

Puis vint l’année 1967.
À la disparition de Léon Mba, un jeune homme de 32 ans accède à la magistrature suprême : Albert-Bernard Bongo, qui deviendra plus tard Omar Bongo Ondimba. Peu de personnes imaginent alors qu’il dirigera le pays pendant plus de quatre décennies et marquera durablement l’histoire du Gabon.

Que l’on soit aujourd’hui admirateur ou critique de son héritage, une réalité demeure difficile à contester : sous son règne, le Gabon a projeté une image de stabilité rare sur le continent.
Des routes furent ouvertes.
Des écoles furent construites.
Des hôpitaux virent le jour.
Les administrations se renforcèrent.
L’université se développa.
Le pays s’imposa progressivement comme un acteur diplomatique écouté dans la sous-région.

Durant plusieurs décennies, le passeport gabonais ouvrait des portes. Le nom du Gabon était connu bien au-delà de ses frontières. Beaucoup de compatriotes voyageaient avec une forme de fierté tranquille : celle d’appartenir à un pays respecté, stable et considéré comme prospère.
Bien sûr, tout n’était pas parfait.
Les inégalités existaient.
Les frustrations existaient.
Certaines critiques étaient déjà présentes.
Mais une chose demeurait : la majorité des Gabonais croyait encore que demain pourrait être meilleur qu’aujourd’hui.
C’est peut-être là la plus grande différence avec notre époque.
Car une nation ne commence pas à décliner lorsqu’elle manque d’argent.
Elle commence à décliner lorsqu’elle perd confiance en elle-même.
Et c’est précisément la question que nous devons avoir le courage de nous poser aujourd’hui :
À quel moment avons-nous cessé de croire collectivement au destin du Gabon ?
À quel moment le sentiment national s’est-il progressivement effacé derrière les intérêts particuliers, les rivalités et les divisions ?
À quel moment avons-nous commencé à douter de nous-mêmes ?
Ces questions ne visent ni à condamner une génération ni à glorifier une autre.
Elles visent simplement à comprendre.
Car aucun peuple ne peut construire son avenir s’il refuse de regarder son histoire en face.
Et si les premières décennies de notre indépendance ont été celles de la construction et de l’espérance, elles ont également posé les bases de certains déséquilibres que nous continuons d’affronter aujourd’hui.
C’est cette période charnière que nous explorerons dans notre prochain épisode.

À suivre : Le temps des grandes réalisations : comment le Gabon est devenu l’un des pays les plus enviés d’Afrique centrale

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