Dans la capitale économique du Gabon, le stade Michel Essonghé ressemble aujourd’hui à un symbole inquiétant de la fragilité du patrimoine public Gabonais. Derrière les murs de cette infrastructure sportive, ce ne sont pas seulement quelques équipements qui ont disparu. C’est une partie importante de l’investissement public qui semble s’être évaporée dans une indifférence générale.
Le constat est saisissant.
Dans le local de transformation et de distribution électrique, véritable cœur énergétique du stade, plus de trois kilomètres de câbles auraient disparu.
Dans la salle UPS, où sont stockées les batteries de secours indispensables à la sécurité et au fonctionnement des installations, plus de 200 batteries se seraient volatilisées.
Quant à la vingtaine de loges et à l’hôtel de 26 chambres intégré au complexe, tous auraient été entièrement vidés de leurs mobiliers.
Des pertes qui ne relèvent pas du simple vandalisme occasionnel. Elles supposent du temps, de l’organisation, des moyens de transport et surtout une certaine liberté d’action.
Car il ne s’agit pas ici de quelques ampoules dérobées ou d’une porte forcée. En effet, retirer plusieurs kilomètres de câbles électriques, démonter des centaines de batteries industrielles et évacuer du mobilier en grande quantité nécessite des opérations lourdes qui ne peuvent raisonnablement passer inaperçues.
La question que se posent aujourd’hui de nombreux observateurs est simple : comment une telle dégradation a-t-elle pu se produire dans une enceinte censée être surveillée ?
Selon plusieurs indiscrétions, les soupçons se dirigeraient vers certains militaires affectés à la surveillance du site. D’ailleurs, une source digne de foi affirme que deux militaires ont été interpellés par le B2 et feraient l’objet d’audition pour une affaire de traffic présumé de vol et de vente de cuivre. A la suite des hommes en treillis, un sujet malien, pris en flagrant délit de détention d’une importante quantité de cuivre estimée à une valeur de « plus de 700.000f », acheté selon les déclarations de ce dernier, auprès des militaires présumés accusés, a également été placé en garde en à vue. Le mis en cause aurait déclaré qu’il revend le produit, depuis plusieurs années, à un opérateur économique à Libreville.
Si les militaires sont pointés du doigt, à tord ou à travers, ces derniers refusent catégoriquement d’être tenus pour responsables de la – carcasse vide – qu’est devenu le stade Michel Essonghé. Leur version est tout autre. Sans pointer un doigt accusateur vers les policiers qui assuraient précédemment la surveillance du site, les militaires affirment avoir trouvé le stade déjà dans cet état au moment de leur prise de service il y a quelques années. Ils pointent cependant du doigt les civils qui, selon eux, profiteraient de l’obscurité sur le site pour s’y introduire nuitamment pour le vandaliser. En outre, les militaires relèvent comme autre frein à leur efficacité, le déficit de ressources humaines pour le gardiennage du complexe inauguré en 2017.
Entre accusations croisées et absence de responsabilités clairement établies, une certitude demeure : le patrimoine public a été gravement endommagé. Selon une source proche du dossier, la responsabilité de porter plainte incomberait à l’Office National du Développement du Sport et de la Culture, l’ONDSC. Celle-là même qui, au moment de la passation de service entre policiers et militaires, aurait dûe, a t-on appris, initier un inventaire de l’édifice afin d’assurer le suivi des équipements laissés sous surveillance.
Cette situation soulève une interrogation : si les dégâts sont connus, pourquoi l’affaire semble-t-elle toujours entourée d’autant de flou ?
Selon une source concordante, ce nouveau rebondissement est la conséquence d’une plainte déposée à l’antenne Ogooué-Maritime de la DGR par un prestataire de la SEEG, après constat, par ce dernier, de la disparition inexpliquée de certains de ses équipements sur le site qu’il avait depuis quelques temps la responsabilité d’éclairer. « C’est depuis que la DGR a pris cette affaire en charge que ça a commencé à faire du bruit. Sinon, nous entendons parler de vol dans ce stade depuis. Mais personne n’en parle », confie un riverain sous anonymat.
Une enquête administrative ou judiciaire a-t-elle été ouverte ? Aboutira t-elle ? Des auditions ont-elles été menées auprès des différentes unités ayant assuré la garde du site ? Les responsables seront-ils identifiés et sanctionnés à la mesure de leurs actes afin de faire des exemples ?
Autant de questions qui, pour l’instant, restent sans réponse publique.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire renvoie à un problème plus profond : celui du rapport au bien commun. Lorsqu’un équipement public peut être progressivement vidé de sa substance sans que personne ne rende de comptes, c’est toute la notion de responsabilité collective qui vacille.
Le stade Michel Essongué n’appartient ni aux militaires, ni aux policiers, ni aux gestionnaires successifs. Il appartient aux Gabonais. Chaque câble arraché, chaque batterie emportée, chaque meuble disparu représente de l’argent public investi pour servir la collectivité.
Dans un contexte où l’État consacre des milliards à la construction et à la réhabilitation des infrastructures, la préservation du patrimoine existant devrait constituer une priorité nationale.
Aussi, la véritable question n’est peut-être plus seulement de savoir qui a pillé le stade Michel Essonghé, mais plutôt de comprendre comment un tel pillage a pu se dérouler sans qu’aucun mécanisme de contrôle ne l’empêche ou ne l’interrompe.
Tant que cette question restera sans réponse, le risque demeurera que d’autres infrastructures publiques connaissent demain le même sort. Si ce n’est déjà le cas.
#omi
















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