Dans notre précédent épisode, nous évoquions le Gabon des bâtisseurs, celui des premières années de l’indépendance, lorsque la jeune nation apprenait à marcher seule et à croire en son destin.
À partir de la fin des années 1960 et durant plusieurs décennies, le pays entre dans une nouvelle phase : celle de la construction.
Pour les générations nées après les années 1990, il est parfois difficile d’imaginer ce que représentait alors le Gabon dans l’imaginaire africain.
À cette époque, lorsque l’on parlait du Gabon dans de nombreuses capitales du continent, on évoquait un pays stable, relativement prospère et tourné vers le développement.
Beaucoup de ressortissants des pays voisins venaient y chercher du travail, une formation ou simplement l’espoir d’une vie meilleure. Le Gabon n’était pas un eldorado. Mais il apparaissait comme un pays où les choses avançaient.
Les recettes pétrolières permettaient à l’État d’investir massivement. Des routes reliaient progressivement les provinces.
Des établissements scolaires ouvraient leurs portes. Des centres de santé étaient construits. Les administrations se développaient. Les entreprises publiques recrutaient. L’État était partout. Et pour beaucoup de familles Gabonaises, cette présence de l’État représentait une sécurité.
On grandissait avec la conviction que l’école pouvait changer une vie.
Que le travail pouvait offrir une ascension sociale. Que l’avenir pouvait être meilleur que le présent.
Combien de cadres, de médecins, d’enseignants, d’ingénieurs, de magistrats ou d’administrateurs issus de milieux modestes ont vu leur destin transformé grâce à l’école républicaine ?
Combien de parents ont accepté des sacrifices considérables parce qu’ils croyaient dans la promesse de l’éducation ?
Cette époque n’était pas seulement celle des infrastructures. Elle était aussi celle de l’espérance. Une espérance qui reposait sur une idée simple : le progrès était possible.
Le Gabon rayonnait également au-delà de ses frontières.
Sur le plan diplomatique, le pays jouait régulièrement un rôle de médiateur dans plusieurs crises régionales. Sa voix était écoutée.
Son président était reçu dans les plus grandes capitales. Son influence dépassait largement le poids démographique du pays.
Être Gabonais à l’étranger procurait souvent un sentiment de considération. Le nom du pays inspirait le respect. Le passeport Gabonais ouvrait des portes.
La stabilité du pays constituait une référence dans une région parfois secouée par les conflits.
Pourtant, avec le recul, une question mérite aujourd’hui d’être posée.
Comment un pays disposant d’autant d’atouts a-t-il pu voir naître les difficultés que nous connaissons aujourd’hui ?
Car derrière les réalisations visibles se développaient déjà certaines fragilités. L’économie reposait principalement sur les ressources naturelles. L’État occupait une place de plus en plus centrale dans la création d’emplois. Le secteur privé peinait parfois à prendre le relais.
La richesse produite ne profitait pas toujours de manière équitable à l’ensemble du territoire. Dans certaines localités, les populations commençaient déjà à ressentir un décalage entre les richesses nationales et leur quotidien.
Mais ces signaux restaient souvent masqués par l’impression générale de prospérité. Lorsque les temps sont favorables, les fissures passent souvent inaperçues.
Ce n’est que plus tard qu’elles deviennent visibles.
Et c’est peut-être là l’une des grandes leçons de cette période.
Une nation ne doit pas seulement construire des routes, des bâtiments ou des administrations.
Elle doit aussi préparer l’avenir.
Former sa jeunesse. Diversifier son économie. Renforcer ses institutions. Développer le sens de la responsabilité collective.
Car les infrastructures les plus solides finissent elles aussi par se dégrader lorsqu’elles ne reposent pas sur des fondations durables.
Aujourd’hui encore, de nombreux Gabonais regardent cette époque avec nostalgie. Mais la nostalgie, à elle seule, ne construit pas un avenir.
Elle doit servir à comprendre ce qui a fonctionné, ce qui a échoué et ce qui doit être préservé.
Car l’objectif n’est pas de retourner au passé. L’objectif est d’en tirer les enseignements nécessaires pour bâtir le futur.
Dans le prochain épisode, nous nous intéresserons à une richesse souvent plus importante que le pétrole, les mines ou les infrastructures : l’état d’esprit du Gabonais.
Nous parlerons de cette époque où la parole donnée avait du poids, où l’autorité était respectée, où l’école occupait une place centrale et où le sentiment d’appartenir à une même nation semblait plus fort qu’aujourd’hui.
#omi

















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