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ÉDITORIAL ÉPISODE 3 LE GABON FIER DE LUI-MÊME : QUAND LES VALEURS CONSTITUAIENT NOTRE PREMIÈRE RICHESSE

Après les bâtisseurs et le temps des grandes réalisations, il est une richesse dont on parle rarement lorsqu’on évoque le Gabon d’hier.

Pourtant, elle valait davantage que le pétrole, le manganèse, le bois ou les grands projets d’infrastructures.

Cette richesse, c’était l’état d’esprit du Gabonais.

À cette époque, le pays n’était pas plus riche qu’aujourd’hui en talents. Il n’était pas non plus exempt de difficultés. Mais il possédait quelque chose qui semble parfois nous échapper désormais : une confiance collective.
Le Gabonais croyait en son pays. Il croyait en l’école. Il croyait au travail. Il croyait que l’effort pouvait encore ouvrir des portes.

Dans les quartiers, les villages et les villes, l’éducation dépassait le simple cadre familial. Un enfant appartenait à toute une communauté. Lorsqu’il se comportait mal, il pouvait être rappelé à l’ordre par un voisin, un enseignant ou un notable du quartier. Et personne n’y voyait une agression. On considérait alors que former un citoyen était une responsabilité collective.

L’école occupait une place centrale dans la société. L’instituteur était respecté. Le professeur était respecté. Le directeur d’école était respecté. Non pas parce qu’ils détenaient un pouvoir particulier, mais parce qu’ils représentaient le savoir, l’ascension sociale et l’espoir d’un avenir meilleur.

Dans de nombreuses familles Gabonaises, les parents se privaient pour permettre à leurs enfants d’étudier. On ne possédait pas forcément beaucoup, mais on rêvait grand pour ses enfants. Le mérite conservait encore une valeur particulière.
Obtenir un diplôme, intégrer l’administration, devenir enseignant, infirmier, magistrat ou cadre de l’État constituait une fierté familiale. Chaque réussite individuelle était vécue comme une victoire collective.

Mais il y avait plus encore.
Le Gabonais était fier d’être Gabonais. Cette fierté ne s’exprimait pas à travers de longs discours patriotiques. Elle se manifestait dans le regard porté sur le pays. Le drapeau inspirait le respect. L’hymne national suscitait l’émotion. Les symboles de la République avaient du sens.

À l’étranger, porter un passeport Gabonais était souvent source de considération. Le pays jouissait d’une image de stabilité et de prospérité qui dépassait largement son poids démographique.

Cette réputation n’était pas uniquement le résultat de la richesse pétrolière. Elle reposait aussi sur le comportement de nombreux Gabonais qui, partout où ils se trouvaient, avaient conscience de représenter leur nation.

Bien sûr, tout n’était pas parfait. Il existait déjà des injustices. Des frustrations. Des inégalités. Des critiques parfois légitimes.
Mais malgré ces imperfections, une majorité de citoyens partageait encore un socle commun de références : le respect, la discipline, la solidarité, la patience, le sens de l’intérêt général.
Ces valeurs n’ont jamais empêché les débats ni les désaccords. Elles permettaient simplement de préserver un cadre commun. Car une nation ne tient pas uniquement grâce à ses institutions. Elle tient aussi grâce à des principes partagés.

Une route relie des villes. Une école transmet un savoir. Un hôpital soigne des malades. Mais seules les valeurs relient durablement les citoyens entre eux.
C’est pourquoi la véritable question n’est pas de savoir combien de routes, d’écoles ou de bâtiments ont été construits.
La véritable question est de savoir ce que nous avons fait de l’esprit qui les a rendus possibles.
À quel moment avons-nous commencé à confondre réussite et enrichissement ? À quel moment l’apparence a-t-elle pris le pas sur l’exemplarité ? À quel moment avons-nous cessé de considérer le bien commun comme notre responsabilité à tous ?

Ces questions ne sont pas dirigées contre une génération particulière. Elles concernent chacun d’entre nous. Car si les infrastructures peuvent être réhabilitées, les valeurs, elles, doivent être transmises. Lorsqu’une société cesse de transmettre ce qui faisait sa force morale, les difficultés ne tardent jamais à apparaître. C’est précisément ce qui va progressivement se produire.
Car pendant que le Gabon avançait, que les réalisations se multipliaient et que la prospérité semblait durable, des fragilités discrètes commençaient déjà à s’installer. Presque invisibles au départ. Mais suffisamment profondes pour influencer l’avenir du pays. Nous parlerons de ces premiers signes dans le prochain épisode.

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