Il y a quelques décennies, lorsqu’un parent disait à son enfant : « Travaille bien à l’école », cette phrase portait une promesse.
La promesse qu’un diplôme ouvrirait des portes. La promesse qu’avec du sérieux, de la persévérance et du mérite, une vie meilleure était possible.
Pendant longtemps, cette promesse a tenu. Des milliers de Gabonais, issus de familles modestes, sont devenus enseignants, médecins, ingénieurs, magistrats, militaires ou hauts fonctionnaires. L’école était un ascenseur social. Le travail était récompensé. L’espoir avait un visage.
Puis, presque sans bruit, quelque chose a changé. Les amphithéâtres ont continué à former des diplômés. Les rêves, eux aussi, continuaient de naître. Mais les portes se sont mises à s’ouvrir moins facilement. Pour beaucoup de jeunes, le diplôme n’était plus une arrivée.
Il devenait le début d’une longue attente. Une attente d’un emploi. Une attente d’une opportunité.
Une attente d’une réponse. Et parfois, une attente qui durait des années. Le plus douloureux n’était pas seulement le chômage. Le plus douloureux était le doute.
Le doute de ne pas être à la hauteur. Le doute d’avoir étudié pour rien. Le doute de devenir un poids pour sa famille.
Combien de parents ont vendu un terrain, un troupeau ou les bijoux de toute une vie pour financer les études de leurs enfants ?
Combien de mères ont multiplié les petits commerces pour payer des frais de scolarité ?Combien de pères se sont privés pour voir leur fils ou leur fille obtenir ce diplôme qui devait changer le destin de toute une famille ?
Et quel sentiment éprouve cette famille lorsque, des années plus tard, le diplôme est soigneusement rangé dans un tiroir pendant que son propriétaire continue à chercher sa place dans la société ?
Ce n’est pas seulement une déception. C’est une blessure silencieuse.
Pourtant, il serait injuste de réduire la jeunesse gabonaise à ses difficultés. Partout dans le pays, des jeunes créent des entreprises.
D’autres innovent. Certains retournent vers l’agriculture. D’autres encore excellent dans les métiers, les arts, le numérique ou le sport. Ils refusent de renoncer. Ils prouvent chaque jour que le talent gabonais existe.
Mais le talent ne suffit pas toujours. Une jeunesse a besoin de perspectives. Elle a besoin de croire que ses efforts seront récompensés.
Car lorsqu’une génération commence à douter de son avenir, c’est toute une nation qui vacille. Les jeunes ne demandent pas que le succès leur soit offert.
Ils demandent simplement que leur travail, leurs compétences et leur mérite puissent trouver leur place.
Aujourd’hui, le Gabon se trouve face à une responsabilité historique. Redonner confiance à sa jeunesse. Non pas avec de grands discours. Mais avec des actes. Des politiques qui encouragent l’entrepreneuriat. Une économie qui crée davantage d’opportunités.
Une administration qui valorise les compétences. Une société qui cesse de considérer ses jeunes comme un problème, mais comme sa plus grande richesse.
Car une nation qui perd la confiance de sa jeunesse compromet son avenir.
À l’inverse, une nation qui investit dans sa jeunesse construit déjà les cinquante prochaines années de son histoire. Le défi du Gabon n’est donc pas seulement économique. Il est aussi moral.
Il consiste à redonner à toute une génération une raison de croire que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui.
Et lorsque cette confiance disparaît, une autre conséquence apparaît presque inévitable : le lien entre le citoyen et la nation commence à se fragiliser.
C’est cette fracture silencieuse que nous aborderons dans notre prochain épisode.
#OMI
















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