Une nation ne se fragilise pas en un jour. Elle ne s’effondre pas au lendemain d’une élection. Elle ne disparaît pas parce qu’une crise survient.
Une nation commence à s’affaiblir le jour où ses citoyens cessent de croire qu’ils ont un destin commun.
Pendant longtemps, le Gabonais avait le sentiment d’appartenir à une même famille. Bien sûr, nous avions nos différences. Nos langues. Nos cultures. Nos traditions. Nos provinces. Mais lorsqu’il fallait parler du Gabon, il existait quelque chose de plus fort que tout le reste.
Nous étions d’abord Gabonais. Cette identité commune nous permettait de regarder dans la même direction. Nous pouvions ne pas être d’accord sur tout. Mais nous partagions un même rêve : voir notre pays avancer.
Puis, progressivement, quelque chose s’est fissuré. Sans bruit. Sans déclaration officielle. Sans que nous nous en rendions vraiment compte.
Le citoyen a commencé à prendre ses distances avec la nation. Il a parfois eu le sentiment que sa voix ne comptait plus. Que ses efforts n’étaient pas récompensés. Que son avenir dépendait davantage des circonstances que de son mérite.
Quand ce sentiment s’installe, la confiance s’efface peu à peu. Et lorsqu’il n’y a plus de confiance, chacun commence à se replier sur lui-même. On protège d’abord sa famille. Puis son clan. Puis son cercle d’amis.
L’intérêt général passe au second plan. Le bien public devient « le bien de personne ». Et ce qui appartient à tout le monde finit souvent par être traité comme s’il n’appartenait à personne.
C’est ainsi qu’une société change sans même s’en apercevoir. On critique facilement l’État. Mais on jette un sachet dans la rue. On réclame des infrastructures. Mais on dégrade celles qui existent. On demande plus de civisme. Mais on ferme les yeux lorsque le bien commun est détérioré.
À force de considérer que « ce n’est pas mon problème », nous finissons par fabriquer les problèmes de demain. Car une nation ne repose pas uniquement sur ceux qui la dirigent. Elle repose aussi sur le comportement quotidien de ceux qui y vivent.
Chaque citoyen écrit une ligne de l’histoire de son pays. Par ses choix. Par son travail. Par son honnêteté. Par le respect qu’il accorde aux autres et aux biens publics.
Le patriotisme ne consiste pas seulement à chanter l’hymne national ou à brandir un drapeau. Le patriotisme se mesure aussi dans les gestes les plus simples. Respecter une école. Préserver un hôpital. Protéger un stade. Prendre soin d’une route. Préserver un banc public.
Car derrière chaque infrastructure, il y a l’argent de toute une nation. Il y a les sacrifices de plusieurs générations. Il y a les impôts des citoyens. Il y a une part de nous-mêmes.
Lorsque nous détruisons ce patrimoine ou que nous acceptons qu’il soit détruit dans l’indifférence, ce n’est pas seulement du béton ou du métal qui disparaît. C’est une partie de notre mémoire collective. C’est une partie de notre avenir.
Le Gabon a besoin de routes. Il a besoin d’écoles. Il a besoin d’hôpitaux. Mais il a surtout besoin de citoyens qui considèrent enfin ces biens comme les leurs.
Car aucune politique publique, aussi ambitieuse soit-elle, ne pourra réussir durablement si le citoyen et la nation continuent de marcher chacun de son côté.
Il est temps de reconstruire ce lien. Non pas par des slogans. Mais par une nouvelle culture de la responsabilité. Une culture où chacun se demande moins : « qu’est-ce que le Gabon peut faire pour moi ? »
Et davantage : « qu’est-ce que je fais, au quotidien, pour que le Gabon avance ? »
C’est peut-être à partir de cette simple question que commence le véritable réveil d’un peuple.
















Leave a Reply