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Depuis la soirรฉe du 10 septembre, une vidรฉo fait le tour des rรฉseaux sociaux. On y voit le prรฉsident de la Rรฉpublique, Brice Clotaire Oligui Nguema, interpeller avec fermetรฉ les responsables de Canal+, Airtel Gabon et dโ€™autres opรฉrateurs รฉconomiques, auxquels il demande de construire leurs siรจges au Gabon dans les dรฉlais fixรฉs.

Le ton est ferme. Lโ€™ultimatum est clair. Et sur le fond, la dรฉmarche est difficilement contestable.

Des entreprises qui rรฉalisent depuis des annรฉes dโ€™importants chiffres dโ€™affaires au Gabon, exploitent le marchรฉ national et bรฉnรฉficient parfois de terrains ou de facilitรฉs accordรฉs par lโ€™ร‰tat doivent aussi laisser une empreinte รฉconomique durable dans le pays.

Construire un siรจge, ce nโ€™est pas simplement รฉriger un immeuble. Cโ€™est investir localement, faire travailler des entreprises gabonaises, crรฉer des emplois, gรฉnรฉrer de la fiscalitรฉ et surtout dรฉmontrer que lโ€™on ne vient pas uniquement prendre sa part du marchรฉ gabonais, mais aussi participer ร  sa construction.

De ce point de vue, lโ€™exigence prรฉsidentielle est lรฉgitime.

Mais cette vidรฉo soulรจve รฉgalement une question essentielle : *le prรฉsident de la Rรฉpublique doit-il lui-mรชme descendre sur le terrain pour rappeler ร  chaque opรฉrateur ses engagements ?*

Cโ€™est lร  que le dรฉbat devient intรฉressant.

Dans un ร‰tat qui fonctionne normalement, le Prรฉsident fixe le cap et prend les grandes dรฉcisions. Ensuite, lโ€™administration exรฉcute, contrรดle et sanctionne si nรฉcessaire.

Lorsquโ€™un terrain est attribuรฉ ร  une entreprise pour construire un siรจge, il devrait exister un calendrier prรฉcis : date de dรฉmarrage, รฉtapes du chantier, รฉchรฉance dโ€™achรจvement et contrรดles rรฉguliers. En cas de retard injustifiรฉ, lโ€™administration compรฉtente devrait envoyer une mise en demeure. Et si lโ€™engagement nโ€™est toujours pas respectรฉ, les consรฉquences prรฉvues doivent tomber : retrait du terrain, remise en cause de certains avantages ou autres sanctions prรฉvues par les textes.

Le Prรฉsident peut รฉvidemment intervenir lorsquโ€™un dossier est bloquรฉ ou lorsquโ€™il veut envoyer un signal politique fort. Mais cela ne devrait pas devenir la mรฉthode ordinaire de fonctionnement de lโ€™ร‰tat.

Car si le chef de lโ€™ร‰tat doit personnellement vรฉrifier les chantiers, rappeler les dรฉlais et menacer de sanctions pour que les dรฉcisions soient appliquรฉes, alors une autre question se pose : que font les administrations chargรฉes du suivi entre le moment oรน la dรฉcision est prise et celui oรน le Prรฉsident revient sur le terrain ?

Lโ€™ultimatum adressรฉ aux grands opรฉrateurs รฉconomiques est donc salutaire. Mais il devrait dรฉsormais ouvrir une seconde รฉtape : celle de la responsabilisation de lโ€™administration.

Chaque terrain accordรฉ, chaque convention signรฉe et chaque engagement pris envers lโ€™ร‰tat devrait รชtre suivi, contrรดlรฉ et รฉvaluรฉ sans attendre une visite prรฉsidentielle.

Parce que la vรฉritable autoritรฉ de lโ€™ร‰tat ne se mesure pas seulement ร  la fermetรฉ de son Prรฉsident. Elle se mesure aussi ร  la capacitรฉ de son administration ร  faire respecter ses dรฉcisions mรชme lorsque le Prรฉsident nโ€™est pas lร .

Photo rรฉseaux sociaux

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